Note de la fic : :noel: :noel: :noel:

Comment tuer sa mère (en cinq façons) ?


Par : faces-of-truth
Genre : Nawak
Statut : Terminée



Chapitre 10


Publié le 31/01/2013 à 12:20:12 par faces-of-truth

Vingt heures chrono. Comme le nom d’une mauvaise série télé. La maison était devenue une gigantesque horloge dont les tics tacs étaient les battements de mon cœur. Il fallait que je me presse ; à l’accoutumée, je m’accordais quelques jours pour anticiper une tentative contre ma mère inconsciente du danger qui la traquait. A présent, j’avais moins d’une journée pour anéantir ma frangine qui me surveillait. J’étais dans une belle merde.
Mais l’heure n’était plus à l’apitoiement, mais à l’exécution.
Je m’assis sur mon lit et plongeai dans mes pensées. Que pouvais-je faire ? Il faudrait que je tue ma sœur au moins avant la matinée, histoire d’être tranquille.
« Ola Ola Matthieu ! Tu entends ce que tu dis ? Tu parles de tuer Sylvie… »
Pourquoi nécessairement attenter à ses jours ? Mon instinct de survie m’avait indiqué de m’en débarrasser, mais en réalité il existait bien des façons d’éloigner un danger. Je voulais au départ réduire au silence celle qui m’avait mis au monde, un acte que beaucoup de gens considéreraient comme étant odieux, mais là… Il fallait trois meurtres pour être qualifié de tueur en série. Si la solution la plus radicale s’imposait absolument, je n’en serais qu’à une vie de ce titre peu désirable…
En réalité, je ne voulais pas faire de mal à Sylvie ; l’idée même me donnait la nausée. Cette gonzesse était à tuer, mais je ne pouvais me résoudre à l’abattre. Et comment pouvais-je expliquer cela ? J’avais mes raisons pour la madre, tandis que l’autre blonde n’était qu’une poussière dans l’œil qu’il fallait enlever. Mais une poussière bien dangereuse, certes…
Je me rappelai son regard lorsqu’elle avait pénétré dans ma chambre, quelques minutes plus tôt. Ces yeux de colère et de haine. Cette méchanceté à mon égard. Elle voulait protéger sa génitrice, je le comprenais. Mais j’avais un plan, et son but était de tout détruire, et cela ne lui coutait rien de me désintégrer avec.
Alors tuer Sylvie ou ne pas tuer Sylvie ? Devrais-je nettoyer la crasse dans l’engrenage ou faire preuve de sentiments envers cette beauté froide… ?
Mais qu’est-ce que je racontais ?! « Beauté froide » ! Je parlais de ma frangine quand même, bordel ! Et pourquoi m’imposais-je ce choix pseudo-cornélien ? Je savais très bien ce que le Matthieu avide d’en finir en pensait, et j’avais conscience qu’il avait raison. Alors pourquoi me détourner de cette évidence pour absolument écouter une autre voix, celle qui me proposait une alternative ? Cette voix, ce Matthieu qui avait bandé devant sa propre sœur toute la journée.
Le parquet de ma chambre était poussiéreux.
Les livres de ma bibliothèque étaient mal rangés.
La chaise tournante devant mon bureau lui tournait le dos, je devais toujours la retourner pour m’asseoir.
L’orage dehors s’éloignait pour aller casser les oreilles à d’autres gens.
Je pensais à tout sauf à mon problème. Inhibition de l’action. Qu’aurait fait le matricide qui tuait des vipères dans son jardin ?
Je m’allongeai de tout mon long sur le lit. Les yeux rivés au plafond.
Je m’efforçais de repousser le problème. Mais il fallait que je réfléchisse !
Maman morte était mon rêve, je ne laisserais personne m’empêcher de le rendre réel. Je me grattais l’entrejambe. Sylvie… J’essaierais de la rendre malade, de l’envoyer à l’hôpital. Mais ces cons la soigneraient vite fait. Et elle parlerait. Mon choix devenait de plus en plus logique. Je mis ma main sous mon pantalon. Et si je la plongeais dans le coma ? Les choses seraient parfaites ! Je ne tuais pas Sylvie, et je la résignais au silence, le temps que je finisse mon travail à la maison. Elle en sortirait un jour et me dénoncerait, mais je serais sûrement loin, j’aurais déjà fui depuis un bail. Mais plonger quelqu’un dans le coma, c’est prendre le risque qu’il ne se réveille jamais, et donc cela équivalait au risque de la tuer. J’imaginai ma sœur morte. Ses yeux bleus derrière sa mèche blonde, son regard si particulier, son cou, sa poitrine, son buste, son corps mince, ses fesses…
Je retirai aussitôt ma main. Merde, qu’est-ce que je faisais ? Sans m’en rendre compte, je massais mon membre en me détaillant le corps de…
Oh bon sang, je refusais d’en arriver là. Je me levai en hâte et ma vision se brouilla. Je dus attendre quelques secondes pour que tout redevienne net. Je m’observai dans le miroir. Je n’avais vraiment plus les idées claires. Mon cœur était dans ma gorge. Je devais tenir le coup, passer le cap de ce stress ponctuel et aller de l’avant.
J’avais pris ma décision. Sylvie allait mourir.
Ce choix eut l’effet d’une bombe atomique dans mon monde ; jamais je n’aurais cru en arriver là.
-Vous venez manger ?! appela Maman depuis le rez-de-chaussée.
Je m’éloignai de mon reflet. Matthieu, tu étais allé trop loin pour abandonner maintenant. Sylv… Cette garce t’avait provoqué, tu devais lui rappeler qui était le chef entre vous deux.
Je sortis dans le couloir en direction des escaliers. Ma sœur m’y attendait. Elle m’avait promis de ne pas me lâcher d’une semelle et comptait bien respecter sa parole.
Je lui lançai un regard. Inexpressif, comme moi seul savais les faire. C’était ma façon de faire le chasseur devant sa proie. Elle pouvait y voir ce qu’elle voulait, un petit frère soumis par exemple, comme je l’étais tout à l’heure. Mais en réalité, les choses étaient toutes autres.
Tu pouvais ne pas me lâcher, sœurette, et donc me suivre dans les recoins les plus éloignés de Maman, pour que je sois seul avec toi… Cela allait m’arranger. Car c’était toi que je cherchais à présent.

On se réunit tous dans la cuisine ; Sylvie avait mis le couvert et Maman préparait la bouffe. Elle découpait des légumes et faisait chauffer une soupe au four à micro-ondes.
-Je suis désolé, les enfants, mais je crains que nous ne devions nous contenter de repas froids tant que cette plaque ne sera pas réparée…
-A qui la faute ? lança ma sœur.
Heureusement pour moi, la madre était sourde comme un barman de boîte de nuit et ne retint pas cette remarque. Je lançai un regard noir à ma frangine ; non seulement cette salope me pressait un couteau sous la gorge, mais en plus elle cherchait à me provoquer pour que je perde les pédales.
« Fais ce que tu veux ma chère, tu n’es qu’un poisson pris au piège dans mon filet, se tordant vainement dans tous les sens »
Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle m’approcha d’un air menaçant. Je fis mine de ne pas comprendre son comportement. Elle me tendit alors une assiette.
-Mets la salade dedans, histoire que tu serves à quelque chose, commanda-t-elle.
Je saisis le plat et la fixai droit dans les yeux.
-T’as un truc à dire ? siffla-t-elle.
Je ne pouvais pas me permettre de lui résister, mais je ne supportais pas d’être sa chose qu’elle pouvait asservir à sa guise.
-En réalité oui, fis-je alors.
Sylvie haussa ses sourcils et jeta un œil à notre mère qui rangeait des couteaux.
-Et donc ? On t’éc…
-T’as une haleine de poney.
Je me dépêchai de la planter là et d’accomplir la tâche qu’elle m’avait confiée. Je la sentis bouillir dans mon dos ; je vous jure, chers lecteurs, sa rage et sa colère enfouies au fond d’elle irradiaient littéralement de son corps et je sentais que je devrais apprendre à doser mes sarcasmes le temps qu’elle clamse si je ne voulais pas qu’elle écourte le temps qu’elle m’avait imparti.
Une fois le repas fin prêt, nous nous mîmes tous à table et Maman alluma la télévision pour regarder les infos du soir. Le duel commença.
-Le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle vague d’impôts qui prendra effet dès le début de l’année prochaine, énonçait le présentateur. En effet, les taxes jugées déjà excessivement élevées par les citoyens ne suffisaient apparemment pas au…
-Ça m’aurait étonnée, tiens ! s’exclama Maman.
Je fixai mon plat sans aucun appétit ; ce n’était pas que cette salade aussi délicieuse qu’une poche de plastique me répugnait, non, mais j’étais préoccupé à chercher désespérément une idée, le moindre indice capable de m’orienter vers la démarche à suivre pour éliminer Sylvie. Je l’apercevais du coin de l’œil épier le moindre de mes gestes.
-Regarde ton assiette au lieu de me fixer, t’en fous par terre, lui lançai-je.
Je la vis se pencher rapidement pour vérifier que je mentais bien ; bon, c’était la dernière celle-là, si je continuais, ce serait elle qui me truciderait et pas l’inverse.
Je détestais me précipiter, ça me rappelait quand je devais rédiger un devoir la veille de la date butoir : généralement, ce que je produisais était catastrophique. Ce que je m’apprêtais à accomplir aujourd’hui était légèrement plus risqué qu’un coup de plomb dans ma moyenne générale, donc j’avais tout intérêt à ne pas merder sur ce coup là. Qu’est-ce qui pourrait bien me mettre sur la voie… ? Mmh… Je parcourus la table des yeux. Ma sœur ne semblait pas comprendre ce que je faisais. Si seulement elle savait. Je m’intéressai alors au couteau dans ma main. Poignée ferme, lame rigide, bien coupant.
-C’est un terrible drame qui a bouleversé une petite ville aujourd’hui, une jeune fille a été sauvagement assassinée à coups de couteau de cuisine, annonça alors le présentateur. Les enquêteurs ont rapidement découvert que c’était son jeune frère qui tenait l’arme du crime.
Bon, d’accord, tant pis pour le poignard. Qu’avais-je d’autre ? Mmh… La plaque de cuisson était morte, la salade était dégueulasse mais pas au point de tuer ma frangine… Je songeai alors à l’évier rempli d’eau dans lequel notre mère avait lavé les feuilles. Eh ! Mais c’était pas con ça !
-C’est un terrible drame qui a bouleversé une petite ville aujourd’hui, une jeune fille a été retrouvée morte noyée la tête dans son évier alors qu’elle lavait sa salade, dit l’homme à la télé en se retenant maladroitement de ne pas glousser, la police a vite trouvé des traces de pressions au niveau de la nuque de la victime ; il s’agirait donc bien vraisemblablement d’un meurtre, et les enquêteurs assurent que le coupable sera vite identifié.
Rooh…Mais j’étais en court d’inspiration, moi. Qu’est-ce que j’avais d’autre sous la main ? Le carrelage qui glisse ? Pas bien meurtrier. Voyons, voyons. Une idée, Matthieu, une idée… Oh ! Et si je la balançais par la fenêtre de sa chambre ? Elle se péterait la gueule dans les orties !
-C’est un terrible drame qui a bouleversé une petite ville aujourd’hui, un jeune garçon a été massacré par sa sœur après qu’il ait lamentablement essayé de la défenestrer…
Pff… J’en avais marre ; je n’avais pas assez de temps, et dans la précipitation, je risquais de me faire griller. Si je supprimais son compte Headpage, elle ferait une crise cardiaque ? Assurément non, ces merdes sont indélébiles sur le net. Comment faire alors, bordel ? Je parcourais la pièce du regard, pistant la moindre indication. Le frigo ? Le four ? La machine à laver ? N’importe quoi, Matthieu. Et cette garce n’avait aucune allergie, du moins pas à ma connaissance. Impossible de lui faire une mauvaise surprise avec un surplus d’épices. Non, je devais trouver autre chose… Qu’y avait-il dans le garage ? Et si je l’écrasais accidentellement en démarrant la voiture ?!
-C’est un terrible drame qui a bouleversé…
-Mais putain, au lieu de me dire ce que je dois pas faire, aide-moi, connard ! fustigeai-je.
L’homme dans la télé eut un rictus.
-Ecoute, gamin, me répondit-il, je dois énumérer tous les jours les actes débiles commis par des petits cons qui s’y prennent comme des manches pour buter des badauds. Tu voudrais pas changer la donne, histoire d’innover ?
Ce type me prenait pour un amateur ! Bon, certes j’en étais un, mais on ne pouvait pas dire que j’avais l’air d’un clown tout de même. Hein ?
-Je suis en phase d’élaboration là, répliquai-je. Si vous me laissiez le temps d’établir une stratégie pour faire mon meurtre parfait, je pourrais vous offrir ce qui passera pour un accident dans votre prochaine rubrique nécrologique.
Le gars ouvrit des yeux ronds.
-Stratégie ? Meurtre parfait ?
-Oui et ?
Il éclata alors de rire et s’essuya une larme.
-Ha ha ! Tu te prends pour un Norman Bates ?
-Je suis malin, avouai-je.
Et il s’esclaffa de plus belle.
-Mais arrête deux secondes de prendre des vessies pour des lanternes, mon garçon ! T’es qu’un rigolo de plus dans mes reportages, voyons ! Pourquoi tu crois que tous ces types se font prendre la queue dans le cul de la voisine ?
-Bah…
-Parce qu’ils n’ont étudié qu’une seule option !
-C’est-à-dire ?
-Tu regardes des pornos ?
-Hein ?
-Ne réponds pas, va, on en regarde tous ; je veux dire, c’est comme quand tu as une envie soudaine de te peigner la girafe devant un petit film pour adultes, tu écoutes ton impulsion primaire et tu satisfais ta libido en solitaire comme un demeuré, et tu n’attends même pas d’être seul chez toi pour le faire ; et là, ta sœur rentre et te surprend en pleine lactation masculine parce que tu n’as pas su étudier l’alternative « J’attends d’être seul ».
Ce petit monologue me fit lever un sourcil.
-Euh, je ne vois pas le rapport avec le porno… ?
-Ouais, je sais, reconnut l’homme, d’un air gêné. Y en a pas en fait, je me suis dit qu’une super blague me viendrait à l’esprit, mais non…
Je gardai le silence quelques secondes.
-Bref, reprit-il soudainement comme si de rien n’était, ce qu’il faut que tu fasses, c’est étudier toutes les possibilités. Et je dis bien TOUTES !
Je commençais sérieusement à perdre patience.
-Mais c’est ce que j’ai fait ! Et ma conclusion a été que je devrais être radical.
-Donc tu vas tuer ta sœur. C’est décidé.
-C’est la seule solution qu’il me reste.
-Mais tu n’en es pas si certain au fond de toi, devina le présentateur.
Ce mec lisait dans mes pensées. Vous me direz, au point où j’en étais.
-Je… J’hésite à…
L’autre leva la main et me coupa.
-Ecoute, y a pas à tortiller du cul pour chier droit, mon gars. Le meurtre, c’est le plus délicat, c’est là où tu risques de tout perdre ; va voir si tu ne peux pas trouver le moyen de pression qu’elle a contre toi et remets la situation à ton avantage.
-Et si je n’y arrive pas ? demandai-je avec inquiétude.
Il voulut répondre mais il remarqua que Sylvie me fixait d’un air plus que suspicieux. Il reprit sa lecture.
-Euh… hum hum… C’est un terrible drame qui a bouleversé une petite ville aujourd’hui, un octogénaire a eu un infarctus devant un chaton qui lui a sauté sur les genoux…
-Tu fais quoi, Matthieu ? demanda Sylvie.
Je me tournai alors vers elle. Ses yeux exprimaient de la méfiance, mais aussi une interrogation. J’eus subitement froid, et je devinai sans peine que mon visage devait être plus blafard que celui de Marylin Manson.
Je sentis un mal de ventre me prendre. Un grand coup de panique venait de me saisir. Le présentateur avait raison ; avant de tirer un trait sur ma sœur, je devais être à court d’arguments. Et depuis tout à l’heure, un dernier stagnait au milieu de mon esprit, me rappelant sans cesse son existence. Il fallait que je tente de reprendre ma vodka ainsi que le couteau. Ces preuves que Sylvie gardait précieusement dans le but de m’incriminer, moi, qui ne voulais rien d’autre que tuer ma maternelle en toute sérénité. Elle n’était cependant pas conne, contrairement à ce que sa coiffure laissait croire, et devait bien se douter que j’adorerais me procurer mes biens qu’elle avait réquisitionnés.
Un plan murit dans ma tête. A l’arrache. Sûrement rempli de failles. Mais le temps ne m’accordait pas le luxe de peaufiner les détails. Je me levai en précipitation, marmonnai que je devais aller aux toilettes et filai en courant dans le salon. Ma sœur allait se lever pour me surveiller d’ici quelques secondes, histoire de s’assurer que je n’aille pas fouiller dans ses affaires.
Je fonçai ouvrir la porte des WC, allumai la lumière, refermai délicatement et filai aussitôt vers l’escalier qui venait à l’étage.
Monter cette saloperie grinçante était une véritable épreuve du combattant, je devais à la fois me dépêcher et être suffisamment lent pour ne pas que les marches trahissent ma position. Je me tins à la rampe en bois et grimpai en sautant une marche à chaque fois en étirant au maximum mes petites jambes. Je parvins au palier supérieur sans encombre et dus me déplacer à l’aveugle dans le couloir le temps que mes yeux s’habituent à l’obscurité. Je me dirigeai sur la pointe des pieds vers la chambre de Sylvie, ouvris la porte et pénétrais dans sa grotte privée.
Cela me fit un effet étrange, car je n’étais pas venu dans cette pièce depuis des lustres. Aaaah, qu’il était bon le temps où je faisais pleurer ma frangine en disposant ses poupées dans des positions très… adultes. Je me souviendrais toujours de la torgnole que Maman m’avait mise quand Sylvie avait découvert Ken enculant Barbie sur la table à thé. Mais l’heure n’était plus à la blague, nous avions grandi et les enjeux étaient plus importants. Je devais me presser de trouver ce que je cherchais avant que l’autre pétasse ne comprenne que je ne vomissais pas en silence.
Parvenant enfin à distinguer les formes dans le noir, j’ouvris rapidement un premier tiroir. Des strings, des culottes. Pas de vodka. Un autre. Des strings, des soutifs. Pas de couteau. Encore un autre. Des soutifs, des chaussettes. Pas de vodka. Restant de marbre devant la diversité des affaires de ma sœur, je me lançai à l’assaut du placard. Là encore, je n’y trouvai que des vêtements. Je baladai ma main dans les moindres recoins, poussai les manteaux et les jupes l’uns contre les autres. Pas de trace de mes affaires. Je fouillai parmi les talons aiguilles, derrière les bottines sexy et les chaussures de danse. Rien.
Sentant le goût amer du désespoir envahir mon palais, je me précipitai vers un autre meuble à tiroirs. Le constat fut le même. Pas de vodka. Et surtout pas de couteau. Par contre, il y avait encore des strings. C’était une collectionneuse ou quoi ? J’en soulevai quelques uns et découvris trois paquets de cigarettes dissimulés sous le tas. Ainsi, Princesse Sisi était une cachottière dans l’âme qui félicitait sa mère quand celle-ci choisissait de dire « ceinture » au tabac. Je laissai échapper un souffle de mépris. La clope était vraiment, à mon sens, un indicateur de connerie infaillible. Vouloir ressembler aux autres en achetant des roulées qui vous donnaient le cancer en plus de vous faire puer de la gueule était un caractère de standardisation et d’absence de personnalité typiquement féminin. Je vous laisse imaginer mon opinion sur les mecs fumeurs. J’aurais pu me servir de ce secret pour faire taire ma frangine, mais dans le duel « Elle fume » contre « Il veut te tuer », je ne pensais pas partir favori. Je vérifiai en dernier recours sa table de chevet. Enfin des choses qui n’étaient pas à porter ! Je n’y trouvai que des stylos, des prises de téléphone, un livre de poche corné et un paquet de tampons. En saisissant ce dernier, je découvris une petite photo de Julien, cachée sous les petits objets. Quel tête de con, celui-là. Je jetai la boîte dégueu’ dans le tiroir et le rabattis aussitôt.
Cela faisait bien cinq minutes que j’étais ici, j’avais intérêt à déguerpir avant de me faire prendre. Quelle merde, où est-ce qu’elle avait bien pu cacher ses preuves ?
Je sortis de la chambre et refermai la porte en silence. Délicatement, je me rendis vers l’escalier de sorte à ne pas faire gémir le plancher. Je commençai avec appréhension la descente. Les marches menaçaient de me dénoncer à chaque pas et je dus faire preuve d’une finesse bien étrangère à mes pratiques habituelles pour progresser en silence.
Lorsque j’atteins l’angle qui venait au salon, je perçus Sylvie qui était assise sur le canapé et fixait la porte des chiottes. Elle regardait sa montre par moments. Elle devait commencer à trouver le temps long. Elle était là, la faille de mon plan. Comment passer devant elle ? Maman avait dû lui demander d’éteindre la grande lumière du salon pour « ne pas gaspiller », comme elle le disait si bien.
J’avais le choix, soit je tentais le coup en descendant dans les zones d’ombres, soit j’attendais et Sylvie finirait par vérifier si j’étais bien là où elle le pensait.
Je pris mes couilles à deux mains et choisis la première option. Inspirant un grand coup, je posai un pied sur la marche devant moi et descendis en me penchant. C’était plus facile dans les jeux vidéo. Je sentais que je risquais de me casser la gueule à chaque mouvement. Et là, la catastrophe se produisit : cette saloperie de bois grinça. Un petit « grrr » certes. Mais dans le contexte, c’était comme si j’avais mis un film de Michael Bay avec le son à fond à quatre heures du matin. J’entendis ma sœur se lever du canapé et s’approcher.
Je voyais déjà le générique de fin défiler devant mes yeux lorsque son téléphone sonna. Je reconnus la musique, c’était Like a Virgin, de la chanteuse qui portait le plus mal son nom au monde. Sylvie répondit.
-Allô ? Ah, Julien, ça va ?
Je retirai tout ce que j’avais dit sur ce mec. C’était un type bien. Et il serait même un modèle de bonté s’il parvenait à éloigner ce garde du corps familial du salon.
-Oui, oui ça va, attends une seconde, je vais dehors, là je peux pas trop parler…
J’en regrettai presque ma blague sur Benjamin ; dès que Sylvie eut quitté la maison, je bondis hors de ma cachette, éteignis la lumière dans les WC et rejoignis Maman.
-Ça va, Matthieu ? me demanda-t-elle.
Elle avait l’air inquiète.
-Oui, ça va mieux, j’ai dû choper un virus, répondis-je en m’asseyant.
Elle passa une main sur mon front, et sa mine me fit comprendre qu’elle n’aimait guère ce qu’elle sentait.
-Tu as de la fièvre…
-Je vais me coucher tôt, ça va passer, assurai-je en me forçant à manger.
C’était la météo à la télévision. Le temps n’avait, semblait-il, pas décidé de s’améliorer pour les prochains jours. J’entendis la porte d’entrée s’ouvrir.
« Déjà ? J’espère qu’il est plus endurant qu’au téléphone. »
Mais quelle torture de garder toutes ces blagues dans ma tête… Ma sœur se rua alors vers nous et me lança des éclairs du regard, visiblement furieuse de ne pas m’avoir vu quitter les chiottes. Avait-elle flairé la ruse ?
-Tu es sorti, fit-elle.
-Non, non, je suis toujours là-bas, tu es en train de rêver là.
Elle s’avança lentement dans ma direction et se mit dans mon dos. Elle posa ses mains sur le dossier de mon siège et se pencha à mon oreille.
-Je crois que tu as quelque chose à avouer, non ? dit-elle distinctement pour la madre entende.
La pute... Elle voulait vraiment m’empoisonner la vie. Elle me poussait dans mes derniers retranchements.
-Vas-y, on t’écoute, insista-t-elle.
Maman finit par remarquer la scène et nous observa, curieuse. Elle avait cessé depuis un moment de se poser des questions sur nos engueulades et nos sous-entendus. Mais cette fois, elle se sentait étrangement concernée. J’étais en train de perdre le contrôle.
-Qu’est-ce que tu attends ? Tu veux que ce soit moi qui le fasse ? Eh bien, je vais t’…
-MAIS TA GUEULE, PUTAIN !!!!
Je levai mon bras, saisis la tête de Sylvie et lui éclatai sur le bord de la table. Ma mère poussa un cri et se leva. Sylvie s’effondra au sol, l’arcade en sang ; elle était sonnée et respirait fortement. Mon geste avait été involontaire, mais j’étais à présent trop loin pour reculer et suffisamment pour ne plus avoir de limites. Elle l’avait bien cherché.
-Salope ! hurlai-je.
Je lui envoyai mon pied dans la figure. Un « crac » m’indiqua que je lui avais pété le nez. Je saisis le saladier sur la table et lui explosai sur le crâne. Du sang gicla à mesure que je frappai, encore, encore, encore, et encore, jusqu’à ce que mon ustensile se casse en deux et que je me coupe avec. Ma mère me tira violemment en arrière et me plaqua au mur. Mais ce n’était pas Maman, c’était Sylvie, le visage en sang qui me disait d’un ton très calme « Qu’est-ce que tu as, Matthieu ? » Puis elle eut la voix de notre mère et s’écria sans bouger les lèvres « Matthieu ! ». Ma mère me tint la tête et commanda à ma sœur d’apporter de l’eau, cette dernière se précipita pour remplir mon verre.
-Matthieu, faisait ma maternelle.
J’étais allongé au sol près de la table de cuisine, le saladier était toujours en place et il n’y avait pas de sang.
-Tu es brûlant de fièvre, ajouta la madre.
Sylvie, qui n’avait aucune blessure au visage, nous rejoignit et me tendit un verre. Un peu sonné par cette brusque transition de scène, je bus l’eau avec difficulté et me relevai lentement. Je m’étais selon toute vraisemblance évanoui.
-Ça va, ça va, je crois… je crois que je vais m’allonger un peu.
-J’appelle le médecin, dit Maman. Sylvie, accompagne-le dans son lit.
Cette dernière me lança un regard froid et mit mon bras sur son épaule. On monta les escaliers en silence sans rien dire. La vache, qu’est-ce qui venait de se passer ?
Lorsque je fus sur mon lit, Sylvie éteignit la lumière et me déclara :
-J’espère que tu vas vite guérir, l’horloge continue de tourner.
Et elle partit.

Bon. Inutile de se mentir. La situation était trop évidente. Dire que j’étais dans la merde aurait été un doux euphémisme, voire même un mensonge. Que pouvait-il m’arriver de pire ? Je ne savais pas où Sylvie avait caché les preuves, les grains dorés s’écoulaient comme si de rien n’était dans leur maudit sablier, j’étais malade et je ne parvenais plus à distinguer la réalité de mes délires. Voilà. Bonne chance pour la suite, Matthieu. Ah, et ma mère et ma sœur qui ne me lâchaient pas la grappe, « s’inquiétant » pour moi. Pff. Une telle guigne ne serait pas parfaite sans avoir à supporter la visite tardive du médecin du quartier.
-Alors, mon p’tit Matthieu, tu es malade ? demanda-t-il niaisement.
Il ne faisait même pas l’effort de paraître crédible dans sa pseudo-implication, il pensait plutôt « Alors, p’tit con, qu’est-ce que t’as de si urgent pour que je me casse les baloches à venir te voir à une heure pareille ? J’ai envie de rentrer chez moi. »
-J’ai de la fièvre ; un cachet et un dodo et hop, demain je suis comme neuf, répondis-je, on ne vous retient p…
-Tiens, mets ça, coupa-t-il.
Il me tendit un thermomètre. J’avais dit quoi à propos de la guigne ?
-Tu veux que je le fasse ? lâcha-t-il.
-Non, non, ça va aller, merci.
Espèce de pédophile.
J’introduis l’engin là où il devait être et attendis. Le toubib, ma mère et ma sœur me regardaient. C’était horrible. Sylvie aurait très bien pu se contenter de cette humiliation pour me punir, mais non, elle tenait à ce que je prêche tous mes pêchés. Je serrai les dents en la fixant… Elle, avec son sourire en coin, et moi avec un tube à mercure dans le fion. Tu avais bien mérité ta peine, sœurette. Et je savais déjà comment m’y prendre. Demain quand tu prendrais ta douche et que tu serais occupée à te laver les cheveux, je m’infiltrerais dans la salle de bain et je t’étoufferais avec une poche plastique. Merci la salade pour l’idée. Là, je ne laisserais pas d’empreintes, pas de marques sur ton corps et tu ne verrais pas le coup venir… Tu attendrais la fin du calvaire sans pouvoir te défendre. Une fois que tu serais dans l’au-delà, je pendrais le pommeau avec la poche sur mes doigts pour remplir ta gorge d’eau. Et on penserait que tu t’étais bêtement noyée. Oui, oui, frangine… Demain… Demain…
Je retirai à la demande du médecin le thermomètre qu’il saisit avec des gants avant de le fixer.
-Tu es fiévreux, conclut-il.
Je lançai un regard au plafond.
-Et il faut combien d’années d’études pour en déduire ça ?

Le charlatan se tailla enfin après avoir escroqué ma mère et me laissa enfin m’endormir. Curieusement, malgré le stress intense qui m’habitait depuis le début de la journée, je parvins rapidement à plonger dans le sommeil. J’en avais bien besoin, et celui-ci fut divinement réparateur. Je me réveillai aux alentours de trois heures du matin et me rendormis aussitôt. J’avais songé à me lever pour étouffer Sylvie dans ses oreillers et prétexter à la police que mes empreintes y étaient car on avait fait une bataille de polochons dans l’après-midi, mais je n’en avais pas la force ; elle n’aurait eu aucun mal à me maîtriser et même, cette opération aurait fait du bruit et ma mère serait accourue.
Je n’avais pas beaucoup de force, et ma petite taille n’arrangeait pas les choses. Les rares fois où j’avais tenté la musculation s’étaient soldées par un échec cuisant. Je préférais la gymnastique de l’esprit à celle du corps. Une fois, avec Sylvie, on avait fait un bras de fer. Ce fut la plus désagréable défaite de ma vie. Mais la musculation en elle-même, l’auto-perfection du Moi extérieur n’est en réalité pas une activité pour soi-même. En général, et contrairement à ce que l’on s’auto-persuade, vouloir se muscler est juste une volonté purement sexuelle. On veut pouvoir prétendre jouer à la comparaison avec les autres ; on désire s’exposer face à la gente féminine pour la séduire et prouver qu’on est plus fort en faisant un duel entre potes. Ceux qui ne le savent que trop bien sont ceux qui fuient lorsque leur frêle silhouette se trouve face à des bras musclés ou lorsque la fille de leurs rêves parle de virilité. Pour plaire à Virginie, j’avais décidé de faire des pompes tous les jours ; et lorsque j’avais compris que je ne passerais jamais la barre des trois extensions de bras, j’avais tout misé sur autre chose : la réflexion et l’intelligence. Je reconnais cependant, chers lecteurs, ne pas avoir eu beaucoup de mérite sur ce coup-là, la jolie brune étant déjà complètement éprise de moi.
Ce matin-là, en me réveillant, je me demandai si je devrais faire quelques pompes pour me préparer au face à face avec Sylvie. Je me refusai cependant ce défi, ma raison et ma discrétion seraient les seules clés du succès de ce corps-à-corps. Je prévoyais un assassinat, pas un massacre.
Je me sentais beaucoup mieux, en pleine forme et étrangement serein. C’était bon signe. J’avais tout prévu, mes problèmes allaient être vite réglés et ma mission principale reviendrait à l’ordre du jour.
Il était huit heures. Je me levai en douceur et sortis ma tête de ma chambre, discrètement. J’entendis ma mère se préparer dans la salle de bain, elle était la seule debout. Je refermai la porte et me remis au lit. Je l’entendis faire plusieurs voyages dans le couloir. Puis, elle finit par descendre les escaliers. Je filai à la fenêtre et observai derrière mes volets à moitié clos la madre sortir avec la voiture et Croquette partir vérifier si le quartier n’avait pas changé depuis la veille.
Lorsque le véhicule quitta la petite impasse où nous habitions, je m’allongeai sous ma couverture. Et j’attendis. L’excitation était trop grande pour que le risque de m’endormir se présente. Non, je fis preuve d’une patience de tueur qui fut récompensée au bout de quarante minutes lorsque j’entendis la porte de la chambre de Sylvie grincer.
Ça commençait. J’ouïs ses pas se rapprocher vers mon chez moi, et feignis de dormir profondément. Comme prévu, elle ouvrit la porte pour vérifier que j’étais dans les bras de Morphée puis la referma lorsque mon mensonge lui parut crédible. Mais elle se réouvrit aussitôt ! La garce, elle voulait vérifier que je ne simulais pas, mais je n’étais pas tombé dans le panneau. J’avais senti le coup venir. La paranoïa m’avait une fois encore sauvé les miches.
Je l’entendis descendre les escaliers. Je l’imaginai en train de prendre son café en écoutant sa radio débile du matin. Je patientai encore, encore et encore. Tel un tigre pistant sa proie, guettant le moindre mouvement, et attendant que la cible baisse sa garde. C’était excitant d’être un chasseur. J’adorais ça !
Au bout d’un moment, ma sœur remonta à l’étage et se dirigea dans la salle de bain. L’heure était venue. Je me levai délicatement et saisis dans mon placard une poche plastique dans laquelle je rangeais mes caleçons lors des voyages. Je te liquiderais avec ça, frangine. Je m’observai alors dans le miroir. Et ce que j’y vis me troubla.
C’était mon reflet, mais je n’étais pas habillé de la même façon. Je me fixais, j’avais un regard malsain, mêlant colère et regret ; je portais une chemisette blanche et un jean gris. Mes vêtements étaient tâchés de sang. J’en avais partout, même sur le visage. On aurait dit que j’avais abattu quelqu’un à coups de hache.
Cette vision m’écœura et je tournai mes yeux sur ma gauche. Là, se trouvait la seule photo de famille que j’avais dans ma chambre. Elle était retournée face contre le bois de ma table de chevet. Inconsciemment, je partis la saisir et soufflai d’un coup sec pour faire partir la poussière. Sur le cliché, se trouvaient deux enfants, le sourire aux lèvres : c’était Sylvie et moi. Cette image prise dans le temps m’arracha un soupir. Voilà un bail que je ne l’avais pas contemplée. Elle nous montrait tous les deux, à l’époque où, malgré nos conflits déjà précoces, n’étions pas encore en guerre. Je me souvenais du moment où cette photo avait été prise. C’était Maman qui tenait l’appareil pendant que Papa s’amusait à nous faire rire. Ma mémoire me disait qu’il imitait le clown. Il n’en faut pas beaucoup pour arracher un sourire à un enfant.
Sylvie semblait heureuse sur cette photo ; elle avait quoi là, dix ans ? Ses cheveux étaient des boucles d’or, et sa bouche affichaient de grandes dents blanches. Ses yeux bleus étaient plissés de rire et sa silhouette trahissait son désir de danser sur place. Elle était pleine de vie.
Lorsque je relevai les yeux vers mon reflet ensanglanté, je réalisai que celui-ci n’était pas le même garçon que celui sur la photo. Et lorsque je mis cette dernière à côté de mon visage dans le miroir, le petit Matthieu avait un visage peint du sang de sa sœur poignardée à ses pieds.
Cette image me fit sursauter et je lâchai le cliché par terre. Qu’est-ce qu’il se passait bordel ?! Mon reflet était redevenu normal, mais une larme perlait sur sa joue. Sauf que je la sentis couler sur la mienne également. Je l’essuyai hâtivement et repris mes esprits.
« Allez, du nerf, Matthieu ! C’est pas le moment de faire du sentimentalisme ! »
Je ne savais pas ce que j’avais en ce moment, mais j’étais cependant convaincu d’une chose : je devais me débarrasser de mes problèmes si je voulais guérir. Et je commençais maintenant !
Je sortis discrètement de ma chambre et me rendis devant la salle de bain. J’entendais l’eau couler sous la douche. C’était à mon tour de jouer. Le piège se resserrait sur sa proie. Je poussais légèrement la porte pour qu’elle grince le moins possible et pénétrai dans la pièce.
Il y faisait très chaud. On passait un live de Come as You are de Nirvana à la radio. Les miroirs étaient embués, et je dus reconnaître que ne pas pouvoir y voir mon reflet était à présent une satisfaction. Je m’avançai lentement vers ma cible, ma poche de la mort pendant à mes doigts. Sylvie était derrière la porte vitrée, de la mousse à shampooing sur le visage et dans les cheveux. Ses paupières étaient closes. Elle ne me voyait pas, elle était dans son monde, massée par l’eau chaude coulant le long de son dos et imprégnée des odeurs de ses savons.
Je posai ma main sur la poignée de la baie de la douche mais stoppai net mon geste lorsque mes yeux se posèrent sur le corps nu de Sylvie. La musique changea et ce fut Mad World de Tears for Fears qui prit la relève.
Je parcourus ma cible des yeux. Sylvie. Ma sœur. La blonde que j’adorais détester. La fille que je prenais un malin plaisir à rabaisser dès que j’en avais l’occasion. Je la voyais à présent comme jamais je ne me l’étais imaginée. Elle me semblait à présent si vulnérable, comme un vase qu’il suffisait de pousser du bord d’un meuble pour le briser. Je contemplai ses cheveux dorés pendant le long de son corps, ses yeux fermés qui ne me permettaient pas de voir leur bleu si envoûtant, son petit nez aquilin si charmeur, sa bouche avec son rictus habituel, ses jolies lèvres, son cou fin, ses petits seins aux adorables tétons, sa silhouette svelte avec son nombril au centre, son sexe bien rasé, ses jambes fines et ses petits pieds.
Je déglutis alors, ne sachant pas bien quoi faire. Je voulais m’avancer, je savais ce que j’étais venu faire, ce que je DEVAIS faire. Mais j’étais subitement paralysé de tous mes membres. J’étais perdu. Je n’avais plus envie de faire ce pourquoi j’étais venu ici. Et lorsque je voulus me concentrer sur ma tâche une ultime fois, ce fut la Sylvie de la photographie dans ma chambre qui prit sa douche devant moi.
La jeune enfant de dix ans me fait face, sans défense et sans aucune chance d’échapper à ma sentence. Elle se masse les épaules et laisse l’eau couler dans sa bouche. Elle a alors un petit rire, qui me paraît bien lointain, comme s’il provenait d’une autre dimension.
Cette garce m’avait menacé, m’avait provoqué et comptait bien continuer ainsi ; elle avait défié un tueur sans se soucier des dangers, il était temps qu’elle paye pour son imprudence. C’était l’heure pour moi de m’assurer mon libre arbitre pour la suite et de me libérer de son chantage odieux.
Mais je ne pus donc me résoudre à agir. En contemplant les miroirs embués de la pièce, je percevais mon double ensanglanté qui m’observait au travers de la condensation d’eau.
Je quittai la pièce. Mon nouveau plan avait eu lui aussi une faille. Que je n’avais pas prévu dans mon assurance. Et cette faille, c’était moi.

J’étais assis sur le canapé du salon. Il était onze heures vingt. Sylvie n’était pas morte. Et inconsciente du danger qui l’avait guettée durant ces dernières heures, elle ne songeait qu’au chrono qu’elle m’avait imposé. Et pour le coup, ma faiblesse me força à m’y intéresser à mon tour. Dans quarante minutes, le compte à rebours serait arrivé à son terme. Maman allait rentrer d’un moment à l’autre. Ce qui faisait que soit je lui révélais tout ce que j’avais planifié ces derniers temps moi-même, dès son retour du travail – bonjour, l’ambiance – soit Sylvie s’en chargeait elle-même. Un rouleau compresseur me pressa le cœur, j’en eus la nausée. Le téléphone sonna. Je répondis. J’espérai alors que ce fut la madre qui appelait pour annoncer qu’elle ne rentrerait pas pour manger.
-Allô, bonjour, pourrais-je parler à Madame ***, s’il vous plaît ? demanda une standardiste.
Déçu, je fis un effort pour bien articuler, ce qui ne fut pas chose facile car ma voix tremblait.
-Elle… Elle n’est pas là.
-Quand pourrais-je la joindre ? interrogea la femme.
A cet instant, Sylvie descendit les escaliers. Je la regardai arriver au rez-de-chaussée, ses cheveux encore mouillés, et parfumée par ses produits cosmétiques.
-Allô ?
-Euh… Je crois qu’elle ne sera pas trop d’humeur, en fait.
La nana posa une question mais je ne l’écoutai pas et raccrochai, concentré sur Sylvie qui se dirigeait vers moi. Elle était habillée, mais je la revoyais nue devant moi… avant que je ne recule.
-Tu es prêt ? questionna-t-elle. Il te reste plus beaucoup de temps.
J’avalai ma salive et ne répondis pas. J’avais envie de la supplier de laisser tomber, de pardonner mon erreur et d’oublier, de laisser ce secret derrière nous. Mais je m’y refusais. Si je n’avais pas eu les couilles de l’éliminer, j’aurais au moins l’honneur de tomber la tête haute.
-J’espère que tu sais comment t’y prendre pour lui annoncer ça, dit-elle en s’éloignant, ça ne doit pas être facile d’avouer ce genre de choses…
Je ne ressentais même plus de haine face à ces sarcasmes, c’était plutôt de la tristesse mêlée à la peur. Putain, j’avais une boule de pique dans le bide qui me déchirait les intestins, j’avais envie de vomir, de m’enfuir, de crever même afin de ne pas avoir à affronter cette épreuve. Qu’est-ce qui allait se passer après cette révélation ? Pour la première fois de mon existence, un voile noir cachait les voies possibles de mon avenir, j’avançais à l’aveugle dans le tunnel de la vie, ignorant ce qu’elle me réservait et sur quoi j’allais tomber. Une famille d’accueil probablement.
Mais avant d’imaginer l’avenir, je devais songer au présent. Sylvie avait raison, je devais préparer ma nouvelle à Maman. Et ce n’était pas chose facile, surtout lorsqu’il ne restait que trente minutes pour cela.
« Maman, j’ai quelque… quelque chose… à te dire… Voilà, en fait, depuis quelques semaines, j’essaie de… de te tuer… »
« Tu sais, je dois t’avouer que je rêve de te voir morte. »
« Ah au fait, j’ai essayé de te tuer avant-hier. Tu me passes le sel ? »
« En gros, j’ai fait une bêtise, et tu vas surement me priver de télé pendant un bon bout de temps quand je vais te dire de quoi il s’agit… »
« Hahaha ! T’es à tuer. D’ailleurs, en parlant de ça… »
« J’ai voulu te tuer. Sur ce j’y vais, adieu !!! »
« Mais ne le prends pas comme ça enfin, c’était juste sur un coup de tête. »
« Si tu me pardonnes, je te laisse en vie. »
« Nan, mais en fait voilà, j’ai commis une petite tare de jeunesse. »
« Oui, j’ai essayé de t’assassiner, pourquoi ? Y a un problème ? »
« J’ai tenté de te tuer, oui. Oh ça va, y en a qui font pire ! »
Olala, j’étais vraiment mal barré… Préparer son texte pour annoncer des projets funestes à sa cible n’était pas mon fort ; d’ailleurs, je me demandais bien qui aurait pu être doué dans ce domaine. L’étau contracta mon cœur un peu plus lorsque j’entendis le crissement des pneus de la voiture près de notre entrée. Je respirai profondément et expirai fortement pour ne pas m’étouffer dans ma panique. Ça devait se passer, et ça se passerait. Allez, courage !
Ma mère ouvrit la porte d’entrée et m’observa.
-Bonjour Matthieu, ça va mieux ta fièvre ? demanda-t-elle délicatement.
Elle allait bientôt changer de ton, et rien que cette pensée me donna un haut-le-corps.
-Oui, ça va, je suis guéri, répondis-je.
-Très bien. Moi j’ai une grosse migraine là, je ne veux pas courir et être stressée par le temps donc on va manger simple.
Oh mon dieu, la fameuse migraine… Elle ne pouvait pas plus mal tomber…
-Ah euh… Tu veux un cachet ? fis-je.
-Non merci, je préfère pas prendre de médicaments.
-Comme tu veux…
Ça n’augurait rien de bon. J’allais vraiment avoir droit à tous les vents contre moi, histoire de profiter un maximum de la tempête…
J’aurais voulu lui dire directement, sans préparation, histoire de l’avoir fait et d’être débarrassé du fardeau, mais je n’y parvins pas et ce fut un silence que je ne parvenais pas à percer qui me hanta quelques minutes. En parlant de minutes, il ne m’en restait que vingt.
Nous préparâmes la table. J’étais tout tremblant, je posais les couverts maladroitement et Sylvie le remarqua bien, mais se garda de faire un commentaire ; elle avait peut-être jugé bon de ne pas en rajouter. Je mis les trois assiettes à leurs places respectives et m’imaginai déjà lorsqu’il n’en resterait plus que deux d’ici quelques jours. Et si je restais, à quoi ressembleraient les prochains repas ? Je repensai avec nostalgie aux innombrables dîners où je râlais à tout va et n’y voyais qu’un ennui mortel. Ça me manquait drôlement alors, je n’avais pas à craindre pour mon avenir ces fois-là.
Le temps ne voulait pas s’arrêter, ni me donner du rab ; non, il continuait à filer, égoïste et irréversible. Et mon mal de ventre empirait de minute en minute.
Ce ne fut que lorsque nous nous mîmes à table, que je découvris le niveau maximum de l’angoisse. Mes nerfs était tendus comme des manches à balai et tremblaient comme si j’étais atteint de Parkinson, mes pieds étaient fixés au sol comme si on les avait cloués, je ne parvenais pas à avaler quoi que soit, même pas ma salive, je sentais une boule de plomb écraser mes entrailles dans mon ventre, mon pouls battait tellement vite dans mes tempes que ma tête en était secouée. Croquette, qui était de retour, s’installa face à nous, comme s’il voulait être aux premières loges du spectacle. Je ne savais pas comment allait se finir ce quart d’heure, mais je fus convaincu qu’il s’agissait du pire que j’avais jamais vécu.
Maman monopolisait la parole en nous parlant de son travail, des mœurs de ses collègues et de l’ambiance au bureau. Sa voix me réconfortait et me répugnait à la fois, car dès qu’elle finissait une phrase, Sylvie me regardait pour voir si j’allais m’exprimer, puis voyant que je ne faisais rien, elle se tournait vers l’horloge qui annonçait dangereusement la fin du chrono. Peut-être valait-il mieux la laisser parler à ma place ? Non, c’était idiot, je devais prendre mes responsabilités et assumer mes actes. Je cherchai vite un moyen de déclarer ma vérité, mais je n’y arrivai pas, mes muscles étaient tétanisés. J’aurais voulu tomber dans le coma et ne plus me réveiller pour fuir la situation, mais le sort ne semblait pas d’avis à me laisser m’échapper. Cinq minutes. Les regards de Sylvie s’intensifiaient et m’incitaient à agir sans attendre. Mon teint devait être celui d’un cadavre, j’étais en hypoglycémie mais je ne pouvais rien ingurgiter, même l’eau m’écœurait, je frôlais l’apoplexie. Quatre minutes. Et si je me levais et partais en courant vers la sortie, je pourrais changer de nom et recommencer une nouvelle vie ? Pff, c’était ridicule de penser une telle chose, j’étais Matthieu le Matricide raté, pas Oliver Twist. Un tourbillon d’idées toutes plus débiles les unes que les autres me traversa l’esprit, mais elles contribuèrent plus à accentuer le malaise qu’à m’évader psychologiquement. Trois minutes. Sylvie se tordait sur place et semblait furieuse de voir que je ne réagissais pas. Ses appels visuels me harcelaient sans cesse, mais je les ignorais en détournant le regard. Elle chercha par tous les moyens à m’attirer vers elle, mais je restais impassible ; je sentais aussi une violente nausée me menacer. Deux minutes. Maman cessa alors de parler. Il y eut un blanc. Un putain de silence à me démolir le moral. Seul le tic-tac de la vieille horloge continuait son interminable chant cyclique, comme si elle participait aussi au jeu pervers dont j’étais l’objet malgré moi. Une minute. Sylvie racla de la gorge. Je réalisai alors que je n’avais rien fait, même pas réfléchi pendant ces trois cents secondes qu’il me restait pour organiser une explication ou même une phrase pour avouer mes projets macabres ; j’étais resté là, pantois, comme un condamné qui attend que la guillotine tombe. Sauf que c’était à moi d’agir, de parler. Mais non, je n’avais rien fait de tout cela. J’étais inactif, faible, lâche. Tout ce que vous voudrez, chers lecteurs, et vous aurez raison. Mon histoire, s’achevait donc, bien trop tôt à mon goût. Sylvie était en colère et ça se voyait.
Midi sonna. Ma sœur me fixa dans les yeux. Dernière chance. Je n’eus même pas la force de faire « non » de la tête. Elle prit donc les devants.
-Maman, j’ai quelque chose de très important à te dire, fit-elle alors.
On y était. Adieu.
-Matthieu a essayé de mettre le feu à la maison, lâcha-t-elle.
Un long silence s’écrasa dans la pièce.
-Pardon ? dit ma mère.
Oui, pardon ?
-Qu’est-ce que tu racontes, chérie ?
Son ton était à mi-chemin entre le rire et l’offuscation ; elle ne semblait pas croire ce qu’elle venait d’entendre, tout comme moi en réalité.
-J’ai surpris Matthieu avant-hier en train de trafiquer la plaque de cuisson, il voulait qu’elle explose pour incendier la cuisine pendant qu’on était pas là ; c’est pour ça qu’elle ne marche plus, c’est lui qui l’a cassée.
Je ne savais pas trop quoi dire, j’étais plus comme le spectateur d’une discussion qui traitait de moi dans un film. Le soulagement que j’avais ressenti quelques secondes fit aussitôt place à la peur de ce qui allait tout de même suivre. Sylvie ne m’avait en vérité pas découvert, mais j’allais toutefois trinquer.
-Mais enfin, tenta de raisonner la madre, c’est ridicule, pourquoi tu accuses ton frère d’une telle chose, il a peut-être juste voulu…
-Il avait une bouteille de vodka qu’il comptait faire couler sur le brûleur ; ce même brûleur qu’il a littéralement bousillé avec le petit couteau de la cuisine.
Ma mère posa alors enfin ses yeux sur moi, elle ne semblait pas y croire.
-Et si tu te poses encore des questions, acheva Sylvie, regarde-le et demande-toi pourquoi il aurait l’air aussi mal à l’aise si ce que je venais de dire n’était qu’un mytho.
Elle avait raison, et j’aurais dû faire mon maximum pour paraître naturel, histoire de contrer sa version et assurer qu’elle avait tout inventé. Mais c’était trop tard. J’étais démasqué. Enfin, à moitié démasqué.
-C’est vrai, Matthieu ? demanda ma génitrice, d’un ton inquiétant.
Nier n’était plus dans mes options, j’étais fait. Sylvie mit du ciment dans son argumentation.
-J’ai pris la vodka et le couteau et je les ai cachés, il voulait les récupérer pour s’en débarrasser et faire disparaître les preuves.
Leurs yeux me mitraillaient violemment. J’étais pris au piège, et mon mutisme confirmait ce que ma sœur proclamait. Les délations me clouaient à mon siège et m’empêchaient de me défendre.
-Où as-tu caché ses affaires ? interrogea Maman.
-Sous son matelas ; j’étais sûr qu’il fouillerait ma chambre et je savais qu’il n’irait jamais vérifier sous son lit.
Cette dernière révélation eut l’effet d’un coup de poing dans mon ventre. Sylvie… Elle s’était complètement fichue de moi…
-Matthieu, m-maintenant je veux que tu me dises pourquoi tu as voulu faire ça ? questionna alors Maman.
Le ton de sa voix était haussé, et un peu tremblant. C’était signe qu’elle allait exploser sous peu. Je devais dire quelque chose, et ça devait corréler avec la version de Sylvie. Peut-être un discours émouvant me sauverait-il… ?
-Je…, balbutiai-je enfin, la gorge sèche. Je… Je ne supportais pas… plus… l’ambiance sans Pap.. Pa…
Ma mère se leva brutalement et sa chaise s’écrasa brutalement en arrière dans un fracas qui nous fit lever, Sylvie et moi, et effraya Croquette qui détala à l’autre bout de la maison. Je compris que la stratégie n’avait pas payé, mais que j’allais en prendre pour mon grade.
-MAIS QU’EST-CE QUE J’AI BIEN PU FAIRE POUR MERITER UNE ORDURE COMME TOI ??!!
Elle attrapa son verre plein et me le balança dessus, je dus me tourner pour me protéger. Elle commença à faire le tour de la table d’un pas écrasant, mais mes jambes refusèrent de bouger.
-T’ES COMPLETEMENT MALADE ??!! TU VEUX NOUS METTRE A LA… RUE ??!!
Elle me dominait complètement, je devais lever la tête pour lui faire face. Elle abattit ses mains sur moi ; je me protégeai du mieux que je pouvais en levant mes bras. Elle me frappa et donna des coups sur la tête ; je ne l’avais jamais vue dans une fureur pareille. Sylvie non plus apparemment.
-Maman, calme-toi ! pria-t-elle.
-TU VEUX VRAIMENT NOUS POURRIR LA VIE, TOI !!! EN PLUS MAINTENANT, ALORS QUE C’EST DEJA ASSEZ DIFFICILE !!!! TU ES MALADE !! MALAAAADE !!!!
Elle continua à taper, à viser les parties de mon corps que je ne protégeais pas. Elle s’écria alors :
-ENLEVE TES MAINS ! ENLEVE TES MAINS, J’AI DIT !!!
La connaissant, je devais capituler si je voulais que le carnage finisse au plus vite. J’obéis à contrecœur en baissant ma garde, et elle me gifla violemment sur la joue droite, et encore plus sur la gauche. Elle chargea alors et me bouscula en arrière.
-IMBECIIIILE !!! QU’EST-CE QUE J’AI FAIT ??? QU’EST-CE QUE J’AI FAIIIIIT ???!!!!
Elle mit sa main dans mes cheveux et les tira brutalement, j’eus l’impression qu’elle me scalpait.
-TU ES MINABLE !!! TU ENTENDS ???!! MINAAAABLE !!!!
-MAMAN, ARRETE !!!!! hurla Sylvie.
Cette dernière se jeta sur notre mère et la retint pour qu’elle arrête de me battre ; elle finit par lâcher prise et je pus m’extirper de l’emprise de la madre en furie, tout tremblant par la branlée que je venais de me prendre.
-Calme-toi, Maman, calme-toi, fit ma sœur.
Ma mère la repoussa alors et me cria :
-SORS D’ICI, SORS DE CETTE MAISON !!!! FOUS LE CAMP, JE NE VEUX PLUS TE VOIR !!!! DEGAGE DE CHEZ MOI !!!
Sylvie se précipita vers moi et me prit par le bras.
-Viens, suis-moi, commanda-t-elle.
J’entendis ma mère hurler dans mon dos et Sylvie me conduisit sur le palier de dehors à l’entrée de la maison.
-Reste ici, je vais la raisonner, dit-elle.
Puis elle referma la porte.
J’avais mal au visage, aux coudes, au cuir chevelu et au ventre. Je n’avais jamais vu ma mère comme ça, et pourtant j’en avais fait des conneries ; là, je m’étais pris la rouste du siècle pour quelque chose que je n’avais pas commis. Et malgré tout ça, c’était moins pire que ce que je risquais vraiment. Quelle histoire !
Je m’assis sur la petite marche qui donnait sur l’entrée et me mis la tête dans les mains, le temps de récupérer et de reprendre mon souffle. Enfin seul.


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