Note de la fic : :noel: :noel: :noel: :noel:

Conjuring Book #1


Par : MrBlackOrigami
Genre : Action, Fantastique
Statut : Terminée



Chapitre 4 : L'INVITATION


Publié le 06/07/2012 à 05:34:51 par MrBlackOrigami

CHAPITRE 4 : L’INVITATION


Maintenant qu’ils étaient tous partis j’avais l’impression que le poids qui écrasait ma poitrine depuis mon réveil s’était dissipé. Pourtant, un étrange malaise subsistait, et je peinais à m’expliquer l’origine de cette sensation qui m’enserrait atrocement les côtes. Était-ce la douleur liée à mes blessures infligées sans gloire ? Les médicaments injectés dans mes veines noirs ? Le fait d’avoir été entre les deux mondes pendant ce temps que je ne pouvais concevoir ? La faim, la soif, la fatigue,la peur ou le désespoir ? C’est seulement en voyant ces deux miroirs qui ne reflétaient aucune âme que je compris, encore une fois, d’une manière implacable. Ce sentiment de danger enfoui au sein de mes entrailles émanait de l’homme qui se tenait derrière la princesse illusoire. Encore plus fort que ce j’avais ressenti face à cette fille gelée. Il semblait aussi dangereux que l’être que j’avais rencontré dans la nuit infinie. A bien y réfléchir, il l’était encore plus… L’homme que j’avais croisé dans les limbes, si c’en était un, n’était pas réel ici bas. Celui aux cheveux blonds qui me faisait face était là, en ce monde, et ce n’était aucunement un être fait de brouillard et de ténèbres. Et il ne demeurait pas unique. La silhouette enveloppée dans son manteau noir qu’ils nommaient « Érèbe » dégageait cette même aura suffocante. Lui, et Anastasia, Kangitsar et l’homme au manteau blanc, Un linceul d'illusions de cauchemars liait. La philosophie ? Que connaissaient-ils ? Est-ce qu’ils ignoraient seulement ne serait-ce que la moindre chose ? Le couple dont les yeux verts m’avaient parlé, les deux personnes que je devais saluer et qu’ils connaissaient, c’était ceux que j'avais vu, je le savais au plus profond de moi. Pourtant je n’arrivais pas à me l’avouer, comme si les dernières bribes de raisons me forcaient à ne pas croire mes hallucinations. Où étais-je arrivé ? Pourquoi m’avaient-ils sauvé ? Des centaines, des milliers de questions envahissaient mon esprit et noyait ce dernier dans un raz-de-marée cauchemardesque. Seul ma haine et ma rage me permettaient de regagner la surface de ces flots déchainés. La noblesse. C’était les nobles qui m’avaient tué et hébergé ici. Paradoxe fou et méprisant qui me faisait bouillir intérieurement. Mes yeux foudroyèrent la femme qui était assise à seulement quelques mètres de moi.
« Pourquoi ?! » hurlais-je à cette dernière en vomissant ma haine et ma folie à travers le voile de la fièvre qui couvrait mes yeux s'agitant en tout sens.

- « Pourquoi avoir ordonné de me tuer et pourquoi avoir ramené mon corps ici ?! Pourquoi ?! Vous tous, que vouliez à ceux que vous avez envoyez dans vos fours à l'horizon ?! Nous disséquer avant de nous faire brûler face aux foules venues se repaître du spectacle ?! Nous cacher l’existence de la philosophie, ce sujet sur lequel vous n’avez aucun contrôle, cette chose que vous ne pouvez concevoir et qui vous terrifie ! »

Des larmes brulantes coulaient sur mes joues, je n’arrivais pas à les retenir, je n’arrivais pas à comprendre. Je me laissais tomber sur mon lit, impuissant et comptant ces dernières forces qui me permettaient de crier. « De Mhäleg », la famille royale qui régnait sur les cinq premiers districts de la cité de Londres, liée par le sang à la cousine du roi. Des nobles, des ordures d’inhumanité qui nous laissait crever de faim et de froid dans les tréfonds de leur royaume et de l'oubli.
Un raclement de gorge brisa le silence. L’ordure m’adressa la parole d'un ton presque effrayé :

- Tout d’abord, si les faits que l’on m’a rapporté sont exacts, tu étais dans le sixième district lorsque tu t’es fait tirer dessus. Or, je n’ai aucune influence sur celui-ci : les De Mhäleg n’ont donc pas pu commanditer cette exécution sommaire.
- Peu m'importe que ce soit vous ou bien l’un de vos parents qui m’ait piégé avec un grimoire imaginaire et donné l’ordre de me tuer, cela revient tout bonnement au même. suffocais-je péniblement.
- Ensuite, sache que j’ignorais ton existence jusqu’à ce que Kan’ te ramène ici. J’avais bien entendu parlé d’un élément dangereux qui s’intéressait aux « choses » proscrites par le régime et qu’il fallait à tout prix supprimer mais j’étais loin de me douter qu’il s’appelait Daniel et qu’il était étudiant en droit. Comprend bien, comment la personne que je suis pourrait avoir vent des rumeurs qui courent sur les prisonniers de guerre que nous envoyons chaque jour par centaines dans les camps de l'est ?
- Alors pourquoi ce type, Kangitsar, m’a t'il ramené ici ?
- Sûrement parce que tu t’intéresses à la philosophie, tout comme lui. Il devait être loin de se douter que tu philosophais toi même, il ne pensait pas que le fait de t’hospitaliser ici occasionnerait tant de problèmes, enfin, ça je ne peux pas en être certaine. Son sixième sens lui a peut-être dit. En fin de compte, il pense peut être que ta place est ici…
- Vous tous, vous avez l’air de savoir un beaucoup trop de choses sur cette science et sur ces pratiques que votre famille, le roi, tente d’exterminer… Ces gens et vous, cet endroit sordide et ces murs sont anormaux. Philosopher n'est pas à la portée d'un si grand nombre de personnes...
- Tu ne crois pas si bien dire… soupira t’elle.
- Assez ! J’en ai assez de ne rien comprendre, j’en ai assez d’avoir l’impression que ma tête va exploser, j’en ai assez de tout ça ! Pourquoi des nobles cacheraient ils des philosophes dans leur demeure ?! Et pourquoi vos gardes ont tout de même essayé de me tuer ?! Pourquoi les autres se sont-ils interposés ?!

Lyla soupira en baissant la tête, elle ne savait guère quoi répondre. Après quelques instants, elle inspira profondément et commença à m’expliquer :


- Maintenant que nous en sommes arrivés à ce stade, je me vois contrainte de te dire ce que cache ce manoir. Oui, après tout je te dois des explications Daniel, cela me semble juste. Mais vois tu, ton arrivée est si différente de celle des autres que je vois pas par où commencer... Je vis seule dans cette demeure, nous en possédons de nombreuses autres dans nos districts. Ma famille et les autres De Mälheg vivent principalement dans le château du troisième district ou au palais royal. Ce manoir m’appartient et personne n’y vient, jamais. Trop loin du centre, trop grand, trop de catacombes et trop de tours. Il y fait froid et les gens ont peur d'y rester trop longtemps. Ici je suis isolée des affaires du monde en quelque sorte…
- Et où voulez-vous en venir à la fin ? soufflais-je, exaspéré.
- Tu sais Daniel, nous avons plus de points communs que tu ne veux bien le croire.
- Arrêtez de me faire rire, mes côtes me font atrocement mal.
- Ta rage, la haine que tu éprouves pour ce royaume je l’éprouve également et… Non laisse-moi finir, espèce d’insolent ! C’est déjà suffisamment pénible d’en parler pour qu’en plus je me fasse interrompre par un imbécile aveuglé par sa propre colère ! La philosophie, ce qu’ils ont toujours voulu nous cacher, je l’ai découvert tout comme toi, et tout comme toi, Daniel, j’ai juré la perte de ce royaume…

Je ne savais que dire, étais-je seulement capable de m’exprimer à ce moment-là ? Non. Je ne pouvais que la laisser continuer, estomaqué et abasourdi par ces révélations, baignant dans ma douleur et mon incompréhension.

- Mais l’important ce n’est pas pourquoi j’ai décidé cela, l’important c’est comment je m’efforce de le mettre en œuvre. J’ai rassemblé et accueilli au fil des années de nombreuses personnes dans ce manoir. Des personnes qui sont devenues des amis et qui m’ont ouvert les yeux, qui m’ont aidé à comprendre la nature de la vérité. J’ai lu dans un grimoire cette phrase qui a bien changé ma perception des choses : « La philosophie ne doit être utilisée que pour le bien du peuple »... Qui crois-tu être Daniel ? Le sauveur de ce peuple ? Tu penses pouvoir, en lisant quelques vieux livres et en mettant en oeuvre les procédés qu’ils décrivent, mettre fin à la tyrannie de ce royaume ? Imbécile que tu es. Seule la vengeance te motive, tu es bien forcé de l’admettre. Sache que celui qui a outrepassé les lois et a appris à philosopher n’est pas le héros attendu par ce peuple, c’est impossible. Je vois ton cœur haineux comme si tu étais fait d’eau de roche, que pensais-tu faire avec ces nouveaux pouvoirs ? Avoue-le ! Tu dois bien le savoir, seules quelques personnes parmi des millions peuvent apprendre à se servir de cette science. N’importe qui pourrait avoir ce don, et pas forcément une personne digne de le posséder. Que ferais un homme rongé par le désespoir et capable de bruler une ville entière en une seule seconde ? Que ferais tu Daniel ?! Personne n’utiliserait ces pouvoirs à bon escient, nous le savons toi et moi… Voilà pourquoi mes gardes voulaient te tuer, pour me protéger, mais également pour protéger les autres de ce que tu deviendras si personne ne t’en empêche… Ne dis rien, prend le temps de réfléchir à tout ça. Nous en reparlerons le moment venu. Mais n’oublie pas, tu ne sauveras pas ce pays. Le simple fait d’utiliser une seule fois la philosophie, si tant est que tu arrives à la maîtriser correctement, feras de toi l’ennemi public numéro un : des représailles seront organisées jusqu’à ce que tu te livres, tu commettras des attentats faisant des centaines de victimes innocentes, tu terroriseras aussi bien les nobles que le peuple et tu montreras à ce dernier que l’on avait raison de lui cacher l’existence d’une chose pouvant semer une telle destruction sous l’impulsion d’une seule et unique personne…

Elle se tut, je ne voyais pas son visage derrière son voile mais j’avais l’impression qu’elle cherchait à retenir sa colère, ou peut-être sa tristesse. Elle se dirigeait lentement vers la sortie lorsque je réussis à articuler ces quelques mots malgré l’état de choc dans lequel je me trouvais :

- Mais vous ? … Qui êtes-vous vraiment ?

Le fauteuil fit demi-tour.

- Nous agissons dans le même but que toi Daniel mais en connaissant les risques auxquels nous sommes exposés et les responsabilités qui nous sont imposées. Nous connaissons les règles La philosophie doit seulement aider le peuple à se libérer de ses chaînes et non pas servir d’arme de destruction massive utilisée dans l’unique but de se venger. Le moment venu nous nous montrerons au grand jour, mais pour l’heure nous devons œuvrer dans l’ombre. Opposer une résistance la plus efficace possible tout en restant caché, c’est tout ce que nous pouvons faire pour l’instant. Les démarches politiques et le déroulement de la guerre ne doit jamais prendre en compte le risque que nous représentons. Si cela arrivait, nos desseins en seraient anéanti. Mais pour l'heure, nous ne pouvons envisager un coup d'état d'une telle envergure avant d'avoir planifier chacune de nos actions. La force ne permettra rien si le destin ne s'accorde pas. Nous surveillons ceux qui vous surveille et ceux qui sont comme toi Daniel. Si l’unique solution pour préserver notre sécurité est de les tuer, alors nous les tuerons. Dans le cas contraire, je les invite à réfléchir et à nous rejoindre s’ils le souhaitent…
- Étrange façon d’inviter les gens…
- C’est à prendre ou à laisser.
- …Je sais que vous ne m’avez dit qu’une infime partie de ce que vous savez...
- Je n’ai malheureusement pas le temps de t’en dire plus pour l’instant. Tous ceux qui vivent ici ont des histoires qui bouillent en eux, peut être te les raconteront ils… Je vais faire en sorte que les gardes ne te dérangent plus et que l’on soit au courant de ta présence au manoir. Si seulement Kan’ l’avait fait avant que tout ne se complique… Repose-toi bien Daniel. me dit elle avant de se soustraire à mon regard.

La porte se referma, je fermais mes yeux en souhaitant ne plus jamais les rouvrir. Comment pouvais-je assimilé tout ça en si peu de temps ? Toutes ses découvertes, tous ces espoirs, ses révélations et toutes ses vérités qui m’ont été dites par celle que je croyais être mon ennemie. J’avais besoin de temps et, oui, j’avais besoin de repos, de beaucoup de repos.

- Ne philosophe sous aucun prétexte, ta première tentative t’as replongé dans le coma pendant onze heures.

Je me réveillai en sursautant : mon cœur loupa un battement. Pétrifié, je tournais la tête en direction de cette voix inconnue. C’était lui, l’homme aux cadenettes qui était sorti de ma chambre avec Lyla il y avait à peine quelques instants. Je n’avais même pas entendu la porte se rouvrir. Était-il seulement parti ? Ses pupilles étaient bien visibles désormais et ce n’était plus le néant mais un pâle humain qui m'observait. Son visage était imprégné d’une tristesse qu’il essayait de cacher, en vain. C’est comme si celle ci s’était enfermée en lui, à jamais. Un cadenas en pleurs lui enserrant le coeur. Il tenait deux livres dans ses mains, dont un qui m’était familier :

- Je te rends ton journal et en voici un autre, peut être que mettre tout ce qui t’es arrivé par écrit t’aideras à éclaircir tes pensées. Garde tes notes précieusement, tu n’imagines pas à quel point elles te seront utiles en temps voulu.

Je n’osais imaginer le prix du « journal » qu’il me tendait : jamais je n’avais vu une reliure avec pareilles pierres incrustées et un papier d’une telle qualité. Même les grimoires les plus anciens que j’avais lu faisaient triste figure comparé à celui-là. Je pris la plume et l’encrier qu’il avait mis à ma disposition et écrivit en haut de la première page "Daniel Rosuae". L’homme s’en allait déjà.

- Il me semble que nous n'avons pas été présenté. soufflais-je
- Zéphyre.
- … ?
- Je suis un monstre, le pire que ce manoir puisse abriter.

La lourde porte en bois se referma avec fracas. Putain… sympa pour la mise en confiance. N’y avait-il donc que des gens effrayants ou bizarres ici ? Me trouvais-je finalement dans ces asiles dont l'on parlait tout bas ? Ces lieux où l'on enfermait les damnés, illuminer par leur propres folies. Étais je moi même un fou qui courrait après une chose qui n'existait que dans mes songes paranoïaques ? Étions nous tous fous ? Éventualité... fort probable...

- Si tu as lu tous ces grimoires, tu sais que ton âme peut faire bien plus que projeter un homme contre un mur… me susurra une voix venue des abysses.


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