Note de la fic : :noel: :noel: :noel: :noel:

Recueil, ment


Par : Loiseau
Genre : Fantastique
Statut : C'est compliqué



Chapitre 7 : Slurp


Publié le 15/10/2013 à 12:55:30 par Loiseau

- La rue était étroite, longue, humide et obscure. commençais-je, en regardant l’homme en blouse blanche assis en face de moi.
- Vous souvenez-vous du jour qu’il était ?
- Vendredi 13 octobre. J’ai volontairement pris un jour avec une portée symbolique.

Le psy hocha la tête comme s’il me comprenait. Cela m’agaça.

- Poursuivez, poursuivez… me dit-il d’un air distrait.
- J’étais vêtu d’un long trench-coat noir. Des rangers ferrées noires. Des gants en cuir…
- Vous vous étiez habillé spécialement pour ce soir-là ?
- Oui.
- Vous aviez donc planifié votre geste ?
- Oui.
- Poursuivez.

Il semblait y avoir comme un regain d’intérêt dans ses yeux. Il m’observait comme si j’étais un animal sauvage dans une cage. C’était plus ou moins le cas. J’étais enfermé dans une cellule dont la porte était pourvue de barreaux et le type était assis de l’autre côté de cette porte. Cet enfoiré se sentait supérieur à moi, mais j’aurais aimé voir sa réaction s’il n’y avait pas eu ces barreaux entre nous. Tout en lui m’exaspérait. Ses petites lunettes rectangulaires, sa barbe taillée en pointe, son nez trop large, les rides autour de ses yeux, sa calvitie naissante…

- J’avais planqué un couteau dans ma poche. Enfin… Un poignard plutôt. Bel objet…
- Le dossier dit qu’il s’agissait d’une dague SS. Où l’aviez-vous trouvée ?
- Dans une brocante, tout simplement.
- Pourquoi en avez-vous fait l’acquisition ?
- Pour tuer des gens.
- Des juifs ?
- Pas spécialement. Je ne suis pas quelqu’un de raciste.
- Alors pourquoi avoir choisi une dague SS ? C’était la seule arme en vente ?
- Non, non… Mais il s’en dégageait une aura attirante.

Le psy griffonna quelques trucs sur son calepin puis releva les yeux vers moi.

- Poursuivez.
- Il y avait une fille dans la rue.
- Vous pouvez la décrire ?
- Bien sûr. Elle avait la vingtaine. Grande, brune, des yeux bleus magnifiques. Un visage très fin et la peau pâle. Elle était un peu maigre, peut-être. Comme si elle mangeait peu. Elle avait une veste en faux cuir noir et un jean bleu moulant. Des talons hauts, aussi. Sur son épaule elle avait un petit sac à main imitation croco. Du rouge à lèvres, du col – qui avait un peu coulé, à cause de la pluie – et une mèche bleue dans ses cheveux bruns. Elle dégageait une odeur de parfum bon marché que je pouvais sentir alors que j’étais à environ trois mètres d’elle. Elle s’abritait sous un parapluie noir en sale état. Elle glissait un peu sur les pavés de la rue… Je continue ?

Le psy avait l’air dérangé par mes propos. Il rajouta quelques notes sur son carnet.

- Qu’avez-vous pensé lorsque vous l’avez vu ?
- J’ai pensé qu’il fallait que je bute cette catin.
- Pourquoi ?
- Parce que j’en avais très, très envie.
- Vous la connaissiez ?
- Non.
- Vous ne lui aviez jamais fait d’avances ?
- Je la connaissais pas, j’vous dis.

Il prit à nouveau quelques notes puis s’arrêta, l’air pensif. J’avais envie de lui faire tourner la tête sur les épaules jusqu’à ce que toutes ses vertèbres explosent.

- Bien. Qu’avez-vous fait ensuite ?
- Je l’ai tué. C’est pour ça que je suis dans cette cellule, d’ailleurs. Au cas où vous ne l’auriez pas…
- Je veux que vous entriez dans les détails. m’interrompit-il.
- J’en suis pas si sûr.
- Moi si.
- D’accord.

Je pris une grande inspiration, prêt à balancer toutes les horreurs que j’avais commises. Il me coupa au moment où j’ouvrais la bouche.

- Inutile d’essayer de me choquer en rajoutant des choses inventées. Je suis persuadé que ce n’est pas nécessaire.
- Je me suis approché d’elle alors qu’elle me tournait le dos. J’ai sorti la dague de la poche intérieure de ma veste et j’en ai contemplé la lame pendant une poignée de secondes. Puis j’ai balayé les jambes de la fille d’un coup de pied. Elle m’avait pas entendu à cause de la pluie. Elle est tombée sur le sol en criant et je lui ai sauté dessus. Je me suis assis à califourchon sur elle pendant qu’elle me suppliait de ne pas la violer. Je n’en avais pas l’intention, de toutes manières… Je voulais juste qu’elle pisse le sang par tous les pores. Alors j’ai levé la dague et j’ai commencé à travailler.

Je continuais sur ma lancée pendant de longues minutes, observant le visage du psy qui se décomposait et virait au verdâtre au fur et à mesure que mon histoire avançait. Je lui racontais tout. La longue torture que la fille a subit, son éviscération, énucléation… A côté de moi, Jack l’Éventreur passait pour un homme doux et amical. Le plus marrant c’est que tout était vrai. Je n’avais même pas besoin d’inventer des trucs. Pour conclure je me levais de ma chaise et regardait le psy droit dans les yeux.

- Dès que je sors d’ici… T’es le suivant.

La rue était étroite, longue, humide et obscure lorsque vingt ans plus tard je suivais un homme aux lunettes rectangulaires, à la barbe pointue, ridé et dégarni. Je caressais le poignard inca qui reposait dans ma poche. J’aimais bien la pluie.


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