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Lonely Emma


Par : VonDaklage
Genre : Réaliste
Statut : Terminée



Chapitre 1


Publié le 17/11/2013 à 14:00:22 par VonDaklage

[i]Ils se disputent, encore.[/i]

Tout cela avait commencé de la façon habituelle. Des petites réflexions, l'air de rien. Des remarques un peu plus appuyées venaient ensuite se nicher dans la conversation. L'entretien de la maison, l'éducation des enfants, le laisser-aller du conjoint, tout y est passé. Leur fille détestait cette situation. Ses parents feignaient de s'etreindre devant elle afin de mieux pouvoir se déchirer lorsqu'ils pensaient être hors de vue de leur progéniture. Malheureusement pour elle, la colère semblait les abrutir car ils ne trouvaient pas de meilleur endroit pour déverser leur haine mutuelle que la chambre parentale. Des discussions desquelles le ton montait jusqu'à atteindre le stade du premier juron. À partir de ce moment, ce ne fut qu'une escalade dans la colère et la méchanceté. La jeune fille s'enroulait sous le plus de couches possible, se mettant en boule et laissant aller ses larmes dans le vaste espace qu'était son lit. Le matin, elle regardait ses parents, s'efforcant de se contrôler afin de ne pas se sauter à la gorge. Et cela lui faisait du mal. Mais elle faisait mine d'aller bien, espérant secrètement que la situation s'améliore.

Fille unique, en temps normal, elle était le centre de l'attention de ses géniteurs. Mais le statu quo n'était plus. Elle se sentait incroyablement seule. Ses amis ne voyaient pas au-dessus du masque qu'elle s'efforçait d'arborer. En public, Emma était le contraire de ce qu'elle ressentait. Heureuse, souriante, chaleureuse. Le seul échappatoire qu'elle avait à sa disposition était son journal intime. C'était la poutre de soutien de son équilibre mental. Sans elle, elle se serait probablement déjà suicidée comme toutes ces jeunes dépressives. Elle se savait forte et avait en tête l'espoir de jours meilleurs. Une philosophie optimiste et réaliste d'une certaine façon. Après tout, après avoir atteint un tel point, elle pensait que la situation ne pouvait que s'améliorer. D'abord le divorce puis elle vivrait avec sa mère, c'était ce qu'elle avait prévu. Elle comptait s'expliquer avec son père, lui dire que ce n'était pas contre lui, et qu'elle viendrait lui rendre visite une fois par semaine. C'était ce qu'elle avait prévu.

[i]Mais dans la vie, rien ne se passe comme prévu.[/i]

La procédure de divorce avait été enclenchée par sa mère. Son père le prit encore plus mal que ce qu'elles pensaient. Sans doute avait-il lui aussi espoir que la situation s'arrange, mais il fallait se rendre à l'évidence, ça ne pouvait pas continuer comme ça. La véhémence verbale battue tout les records le soir où les papiers du divorce firent irruption sur la table à manger. La haine aveugla le père et il ne trouva rien de mieux que de se mettre à balancer la vaisselle. De sa chambre, Emma entendait la porcelaine voler en éclats des différents côtés du salon. Son corps tremblait. Chaque assiette se brisant contre les murs, chaque tasse se brisant contre le sol, elle le ressentait. Son coeur se brisait de la même façon, des dizaines de fois. Les larmes perlaient au bord de ses yeux lorsqu'elle se décida à ne plus être une simple spectatrice de cet immonde spectacle.

Elle ouvrit la porte de sa chambre et descendit les escaliers en trombe. Elle fit volte-face afin d'arriver dans la pièce berceau du conflit. Les insultes fusaient dans tout les sens, les figures parentales rougies par l'aversion mutuelle qu'ils se vouaient. La jeune fille hurla alors. À s'en époumonner. Son corps entier en trembla et s'écroula suite à l'effort demandé. Ses parents cessèrent leur virulente dispute tandis que leur enfant se trouvait à genoux, cerné par un nombre incalculable de morceaux de porcelaine brisée. Elle leva ses yeux humides et dévisagea ses parents qui la regardaient après s'être mué dans un silence pesant.

- Ça va faire un an… Un an que je fais semblant de ne rien voir, de ne rien entendre… Mais j'en peux plus ! Vous allez me rendre barge ! Vous saisissez ce que je dis ?! Vous trouvez pas mieux que vous engueulez alors que j'suis juste à côté ?! Vous êtes à ce point cons que vous vous balancez des trucs à la gueule en croyant que je le remarquerais pas ?! Vous passez tout votre temps à vous bouffer le nez ! Mes seuls moments de paix, c'est quand j'suis au lycée et le court moment où je suis seule à la maison après les cours. Vous me pourrissez la vie ! Vous êtes des adultes, merde ! Mes parents ! Vous êtes pas foutu de régler cette histoire en tant que tels ?! Vous voyez pas que ça me bouffe ?! J'ai perdu 8 kilos ! J'ai souffert de plusieurs pertes de connaissances à cause de mes insomnies et du fait que j'ai de plus de plus de mal à manger, et vous, égoïstes que vous êtes, vous n'avez rien remarqué ! Parce que vous en avez rien à foutre de moi ! Hurla Emma, exprimant tout le ressentiment qu'elle avait envers les personnes qui lui avaient données la vie.

Un silence de plomb s'installa dans la pièce à vivre. Sa mère s'effondra comme sa fille l'avait fait plus tôt, une main lui couvrant la bouche et des larmes roulant le long de ses joues. Son père la regardait d'un air à la fois haineux mais triste également. Elle ne parvenait pas à saisir toute la teneur de ce regard. Mais son paternel afficha un visage déterminé avant de se diriger vers elle. Emma était prête à recevoir une gifle, et elle défiait son père du regard à mesure qu'il se rapprochait, mais ce dernier passa à côté d'elle, sans la gratifier d'un seul regard. Elle entendit la porte claquer lourdement après quelques secondes. Elle regarda sa mère et un mélange de pitié et de colère naquit en son coeur. Cette dernière sanglotait doucement, tremblant de tout son corps. Emma se releva et partit dans sa chambre, sans dire un mot, tout comme son père. Elle s'allongea dans son lit, les poings tellement serrés que ses ongles perçaient sa peau. La douleur physique était la seule chose capable de calmer le torrent d'émotions qui se déchainait en elle. Elle s'endormit, les mains en sang.

Malgré un sommeil agité, elle se réveilla facilement le lendemain pour aller en cours. À son réveil, le sang avait séché sur ses paumes, formant une fine couche pourpre et craquelante. Elle deplia ses mains au maximum, la faisant souffrir. Mais elle ne s'en plaignit pas. Elle se regarda dans le miroir et y vit un fantôme. Elle se démaquilla rapidement avant d'entrer dans sa douche. Son corps croulait sous l'assaut du jet d'eau chaude provenant du pommeau de douche. C'était son moment préféré de la journée. Elle en sortit après une dizaine de minutes à l'intérieur. Elle se sècha avant de jeter la serviette blanche sur l'évier. L'objet immaculé était couvert de sang. Elle regarda ses paumes sanguinolentes et se décida à les panser avec un bandage. Elle enroula ses mains dedans, de manière à ce que cela protège les plaies tout en lui laissant une certaine liberté d'action. Elle se sècha les cheveux avant de commencer à s'habiller. Au bout d'une vingtaine de minutes, elle était prête. Elle se maquilla légèrement. Elle prit son sac et se prépara à partir. Alors qu'elle se dirigeait vers les escaliers, elle vit la porte de la chambre de ses parents inhabituellement close. Elle s'en approcha et l'ouvrit doucement. Elle y vit sa mère, seule, dormir sous l'épaisse couverture posée sur le lit parentale. Sa mère semblait avoir décidé de ne pas travailler ce jour-là. Elle referma la porte directement après.

- Alors il n'est pas rentré… Se dit-elle.

Elle descendit afin de se rendre à la cuisine, là où elle pourrait manger. En passant par le séjour, elle vit que le sol était nettoyé de toutes les traces du conflit de la veille. Sa mère devait avoir passée la soirée à tout arranger. Emma se décida à manger un paquet de gâteau au chocolat, accompagné d'un bol de chocolat chaud. Elle se sentait libérée, presque sereine. Crier hier l'avait débarrassée d'un poids. Ses parents avaient désormais son ressenti sur la situation, même si certains de ses mots ont dépassés sa pensée. À partir d'aujourd'hui, ils n'auront plus à jouer un rôle, tout ce qu'ils diront, tout ce qu'ils vivront, ce sera réel. Et peut être que les choses s'amélioreront. C'est ce qu'elle aurait aimé croire.

[i]Ce que n'importe qui aurait aimé croire.[/i]

Malheureusement, la vie ne marchait pas ainsi. Elle le découvrit après sa journée passée en cours. Comme d'habitude elle se dirigeait vers la cuisine afin de grignoter. Mais elle n'était pas préparée à ce qu'elle allait voir. Son corps se paralysa. Sa respiration se fit plus lourde et intense. Son coeur se souleva. Ses doigts lachèrent toute prise sur son sac à main. Ses épaules se mirent à trembler avant que cela ne se propage à l'ensemble du corps. Elle avança, doutant de l'image que lui renvoyait ses yeux. À mesure qu'elle se rapprochait, elle comprenait que ce qu'elle voyait était bien réel. Tout ses sens le lui disaient. Elle pouvait la sentir. L'empreinte de la mort. Sa mère gisait, face contre terre, le visage baignant dans son propre sang. Des plumes étaient disposées aléatoirement autour de et sur son corps et juste à côté se trouvait un petit coussin, possédant un petit trou d'où s'échappait ces plumes. Emma sentait sa cage thoracique se comprimer. L'air ne réussissait plus à se frayer un chemin jusqu'à ses poumons. Les larmes se mirent à se déverser le long du visage de l'adolescente, avant que ses cordes vocales ne se mettent à vibrer afin de produire un son. Un cri. Ce cri contenait plusieurs sentiments. La colère, la tristesse et l'incompréhension se distinguaient particulièrement. Elle entendit alors un bruit derrière elle, suivit d'une courte phrase.

- Tu n'étais pas censée voir ça.

Les mots de son père retentirent à l'intérieur de son crâne avant qu'elle ne finisse par assimiler le non-dit de cette information. Elle se retourna d'un coup et vit son père portant des gants et un bac contenant différents produits d'entretien et de nettoyage à ses pieds. Ses habits étaient recouverts de quelques tâches rouges. Le sang d'Emma ne fit qu'un tour.

- Non… Non, non, non… Dis-moi pas que… Dit-elle, cherchant à la fois ses mots et son souffle.

Son visage s'empourpra et sa voix s'éleva lorsqu'elle reprit la parole.

- Putain, mais qu'est ce que t'as fais ?! Tu as tué Maman ! Est-ce que tu réalises ?! Tu n'es qu'un...

- Tu sais ce que c'est qu'aimer ? La coupe-t-elle. De vouloir tout faire pour protéger une personne, pour la rendre heureuse ? C'est ce que je ressentais pour ta mère. Je pensais qu'elle ressentait la même chose pour moi. Mais elle se servait de moi. Elle ne m'a jamais aimée. Regarde...

Le meurtrier s'approcha de sa fille et se tourna vers le comptoir pour y récupérer quelque chose qu'il montra à sa fille.

- Je suis revenu, en me disant que j'avais effectivement ma part de responsabilité, mais je voulais arranger tout ça ! Je lui ai donc acheté ce bouquet de fleur, avant de rentrer à la maison pour m'excuser. Tu sais ce qu'elle m'a répondu ? "Va te faire enculer !"…

Le père se mit à rire légèrement, de manière nerveuse, avant de tourner la tête, les yeux humides. Il expira bruyamment avant de faire à nouveau face à sa fille qui continuait à pleurer la mort de sa mère.

- J'ai cherché à lui parler calmement mais elle m'a giflée ! Elle est montée dans la chambre pour faire son sac. Elle voulait nous laisser. Elle voulait nous abandonner…

Sa voix se brisa sous l'émotion et ses paupières ne purent plus faire barrage face à ses larmes.

- J'ai voulu l'empêcher de partir en lui parlant, donc je l'ai rejoint dans la chambre. Je me suis laissé emporter et l'ai plaqué contre le mur en lui maintenant les poignets. Je voulais qu'elle m'écoute, quitte à utiliser la force. Mais elle n'en avait pas envie. Elle m'a mit un coup de genou à l'entrejambe avant de me cracher dessus et de prendre son sac. Et tu sais ce qu'elle m'a dit ? Elle m'a dit… Elle m'a dit qu'elle ne m'avait jamais aimée. Dit-il en essayant d'étouffer un sanglot. Elle m'a dit que tu n'étais pas de moi. Qu'elle m'avait trompé plusieurs fois et qu'elle ne savait même pas qui était ton père ! Qu'elle est restée avec moi parce que je pouvais lui apporter une situation stable. Et que maintenant que tu était assez grande et qu'elle pouvait subvenir à vos besoins, elle n'avait plus besoin de moi. Tu réalises ? Tout ce en quoi je croyais, ma vie, tout reposait sur un mensonge !

La jeune fille n'en crut pas ses oreilles et resta abasourdie par cette nouvelle. Tout comme l'air, les mots lui manquaient. Une chose en elle se brisa. Plus jamais les choses ne serait comme avant, elle en était sure.

- Et là, j'ai peté les plombs. J'ai pris le pistolet qu'on garde au cas où, et un coussin. Ta mère était partie chercher ses clés dans la coupole sur le comptoir. Je l'ai rejoins. Au moment où elle tourna la tête pour me faire à nouveau face et partir à jamais, je lui ai collé le coussin contre le visage avant de lui loger une balle entre les deux yeux. Après coup, j'ai réalisé ce que j'ai fais. J'en ai vomi tout ce que j'avais dans l'estomac tellement je me dégoutais. Je m'en suis voulu. J'ai donc décidé de nettoyer avant que tu n'arrives afin que tu n'aies pas à voir ça, mais malheureusement j'ai été trop lent…

Il s'accroupit pour ébouriffer les cheveux d'Emma, tandis que celle-ci avait la tête baissée. Sa sainteté d'esprit était à peu de choses de vaciller. La folie lui tendait les bras.

- Malgré ce que ta mère a bien pu dire, tu restes ma fille, tu le sais. Tu es devenu une très jolie fille, et intelligente avec ça. Je tiens à m'excuser pour t'avoir fait subir tout ça.

Il souriait, cela s'entendait dans sa voix. Il se redressa en même temps qu'elle levait les yeux vers celui qui l'avait élevée.

- Je t'aime. Dit-il dans un sourire.

Il posa sa main sur le comptoir et se saisit du pistolet qui avait servi quelques minutes plus tôt. Il le garda le long du corps avant de se mettre à marcher. Ses pas battaient le parquet, comme un rythme funeste tournant en boucle. Le coeur d'Emma se serra un peu plus et elle sentait son cerveau sur le point d'exploser.

- Où tu vas ?! Hurla-t-elle, bien qu'elle connaisse déjà la réponse à sa question.

Son père sortit de la salle à manger et prit le couloir sur sa droite, là où sa fille ne le voyait plus. Elle entendit la porte des toilettes s'ouvrir puis se refermer. Ses larmes étaient bloquées sur ses paupières. Elle se tourna vers le cadavre de sa mère avant de le retourner et de le prendre dans ses bras en sanglotant. Un ange passa.Puis une détonation. La jeune fille se mit à pleurer de plus en plus fort, criant son désespoir. Son désespoir retentissait dans l'ensemble de sa maison, tel un animal blessé criant à l'agonie. Ce petit animal blessé hurlait, espérant que quelqu'un l'entende.

[i]Mais personne ne l'entendit jamais.[/i]


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