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Le plus beau jour de ma vie


Par : faces-of-truth
Genre : Sentimental
Statut : Terminée



Chapitre 1


Publié le 09/02/2016 à 20:02:52 par faces-of-truth

Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie.

Après tant de mois passés à m’interroger, de semaines à penser et de journées à la contempler, je suis enfin là où je voulais être depuis tout ce temps. Ici. Avec elle. Prêts à nous engager dans notre nouveau futur. Je me remémore avec délice le chemin parcouru, les mots choisis et les pensées qui tourbillonnaient alors avec véhémence dans mon esprit impatient. Et plus particulièrement le fameux Jour qui a permis à Aujourd’hui d’exister.

C’était un jeudi, je me rappelle. Elle était installée à la cuisine, penchée sur le plan de travail. Elle préparait le repas du soir. Je ne me souviens plus de quoi il s’agissait, mais c’était certainement divin, comme toujours avec elle. Je me suis avancé dans sa direction. Elle me faisait penser à une silhouette peinte sur la toile d’un artiste romantique, car elle se mariait à la perfection à tout ce qui l’entourait. Éternellement belle, en toutes circonstances. Elle portait ce jour-là une petite robe aux motifs délicats et au tissu fin qui lui allait, comme toujours, à ravir. Ses magnifiques cheveux clairs glissaient par-dessus son épaule gauche, telle une cascade dorée. Elle courbait ses hanches d’une manière aguicheuse. Mais elle le faisait naturellement, sans en avoir réellement conscience. C’était cet affriolant charme, plein de sincérité et sans subterfuge, qui faisait d’elle une merveille de beauté. Ma Reine de Feu, comme je la nommais au début. Mais je ne pouvais tolérer que nous demeurions davantage à ce stade de notre relation. Il nous fallait évoluer.

Je l’ai appelée, et elle s’est tournée vers moi. Son regard, comme depuis le premier jour, m’a poignardé d’une lame imaginaire et glacée en plein cœur. C’était son étrange pouvoir que de pénétrer de la sorte un être simplement en le contemplant. Ses sublimes iris bleus qui venaient de me fixer avaient toujours eu une puissance d’envoûtement sans pareil sur mon âme. Je ne croyais pas aux miracles, mais lorsqu’elle posait ses incroyables yeux célestes sur moi, je ressentais toujours une fraîcheur née du néant envahir mon corps, engourdir mes sens et me procurer une sensation incroyable. Une impression très difficile à décrire, mais je sais que lorsque ce jeudi-là elle m’a dévisagé, j’ai tout de suite su que la vie à laquelle j’aspirais à la suite de ma demande à venir était celle que je désirais le plus au monde.

Alors, je lui ai dit. Sans préambule. Sans cérémonie. Sans mise en scène. Ce n’est pourtant pas une chose que l’on peut annoncer ainsi, au quotidien sur un coup de tête. C’est une question, lourde de sens, qui aura de grandes conséquences sur deux existences. Et comme un plat qui sera à coup sûr délicieux, nous nous devons tout de même de le décorer, de manière à ce qu’il ne soit pas seulement parfait, mais inoubliable. Hélas, la faiblesse de l’euphorie m’avait à cet instant saisi à la gorge, et j’ai délivré mon message sans procession.

J’ai d’abord eu peur. J’ai même cru avoir fait la plus grosse
bêtise de ma vie lorsque les mots sont sortis de ma bouche et que je ne pouvais plus les empêcher d’arriver aux oreilles de mon aimée. Et si elle refusait ? J’ai alors attendu. Je n’avais que plus ça à faire. Attendre, et contempler sa réaction, priant pour ne pas être puni de la puérile brutalité de ma requête.

Et soudain, le rêve s’est réalisé. Ses pupilles se sont dilatées, ses paupières se sont écarquillées et j’ai vu les milliards d’étoiles des galaxies dans ses yeux s’illuminer dans un magnifique feu d’artifice de volupté. Ce spectacle qui s’offrait à moi était tout simplement extraordinaire. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau auparavant. Les éclats de lumières se sont alors intensifiés, et des flots larmoyants ont commencé à jaillir et à perler le long de ses belles joues. Elle a lâché tout ce qu’elle tenait en main et s’est caché le visage en retenant ses exclamations de joie. Pour mon plus grand bonheur, ce que je désirais, elle le désirait tout autant. Nous étions les mêmes plumes d’une histoire commune.

Savourant ma victoire fantasmée devant ce tableau tant rêvé, j’ai tout de même attendu le Mot. Le fameux mot qui allait conclure ma réussite et sceller notre avenir. Et entre deux hoquets nerveux qui semblaient se mêler à des rires incontrôlés, elle l’a prononcé. Elle a dit « Oui ».

Je me suis approché avec douceur et l’ai rejointe. D’une main j’ai mêlé mes doigts aux siens et d’une autre je lui ai délicatement essuyé une ellipse de larme qui coulait sur sa peau rougie. J’y ai déposé un baiser. Elle avait un goût salé à force de pleurer. Elle m’a alors pris dans ses bras, et je me suis plongé dans sa chaleur tandis qu’elle se collait à ma poitrine en me caressant les cheveux. À cet instant, je me souviens que nous étions les deux êtres les plus heureux du monde. Plus encore que lorsque nous nous étions enlacés pour la première fois.

Les jours et les semaines qui ont suivi ont été rudes à organiser, mais nous ne connaissions aucune fatigue et ne nous accordions que très peu de répit, tellement nous étions excités par ce qui nous attendait.

Je me souviens encore de cette nuit. Quand je me suis réveillé en sursaut, haletant et transpirant. Je venais de faire un cauchemar. Un cauchemar épouvantable. Il m’avait tellement terrifié que j’avais hurlé en m’éveillant. Ma douce avait ainsi été arrachée à ses songes, bien plus doux, heureusement pour elle. Elle s’est assise à mes côtés et a passé ses petits doigts sur mon front. Elle voulait que je lui explique ce qu’il venait de se passer. Je lui ai répondu qu’un abominable rêve m’avait saisi, et que cette ignoble illusion du sommeil m’avait transpercé le cœur. Elle m’a rassuré, et m’a tendrement rappelé à la réalité, alors que les battements dans ma poitrine revenaient à une cadence normale. Lorsque j’ai eu repris mon souffle, elle m’a demandé ce que j’avais vu, ou cru voir dans les limbes de mes pensées nocturnes. Et je lui ai dit la vérité. Je lui ai expliqué que j’avais imaginé dans mon esprit assoupi que le jour dont nous attendions tous les deux si impatiemment la date ne viendrait jamais, et que nous ne pourrions pas aboutir à notre décision. Que j’étais condamné à ne pas avancer dans ma vie comme je le voulais avec elle. Alors, elle a pleuré à nouveau et m’a entouré de ses bras, me jurant que rien ne pourrait jamais nous empêcher de vivre nos vies à notre guise.

Et puis, ce jour est finalement arrivé.

Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. Je sais à présent que les cartes sont jouées, les dés jetés et le Destin engagé. Plus rien ne peut nous arrêter, elle et moi, dans notre démarche. Mes jambes tremblent d’impatience et mes mains trépignent d’excitation alors que le temps passe trop lentement à mon goût. Ma moitié me contemple et s’amuse de mon état. Elle aussi est à deux doigts d’éclater de joie. Nous nous échangeons un regard amusé et gloussons niaisement, dans un sourire complice. Mais beaucoup de monde nous observe, nous convenons alors d’un pincement de lèvres partagé de nous contenir jusqu’à la déclaration finale. Le bonheur que nous attendons tous les deux n’est qu’à portée de main.

L’homme qui va officialiser notre avenir s’avance alors. Un silence se pose. Un silence incroyable et pénétrant. Bon sang, qu’est-ce que j’ai pu rêver de cet instant.

Et enfin, le juge s’installe, et déclare la procédure de divorce ouverte.


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