Note de la fic : Non notée

Le_marchand_de_sable


Par : Pseudo supprimé
Genre : Inconnu
Statut : C'est compliqué



Chapitre 1 : Débuts de carrière


Publié le 19/08/2013 à 01:19:23 par Pseudo supprimé

Chapitre 1 : Débuts de carrière


Sofiane me souriait et me tendait les bras pour me faire une accolade.
J'étais dans la famille, disait-il, et c'est lui qui devait m'expliquer comment marche le business.
Nous marchons à travers ce qui semble être une cuisine pour se retrouver dans un hall d'immeuble.
Sofiane grimpe les marches, et commence à m'expliquer la situation.

"Bon je vais t'expliquer comment ça marche ici, c'est très simple...
Premier étage ! (il s'arrête au premier et montre la porte)
C'est chez le fleuriste ! Ici t'as toute la weed que tu veux.
- Vous faites pousser ici ?
- Naaa... Ici on stocke c'est tout, c'est pour faire vivre le quartier.
Allez, on continue.
Deuxième étage. Ici t'es chez le chimiste. Coke, héro, GHB, toutes ces merdes artificielles, c'est à cet étage qu'elles sont stockées.
- Ouais... Vous vendez tout en fait.
- Exact ! Même des putes ahah !
- T'es sérieux ?
- Pourquoi, tu veux te vider les couilles ou quoi ? J'te ferai voir un truc après, t'inquiètes.
Bon, on continue, encore deux étages. cassent les couilles ces escaliers !
- Y a pas d'ascenseur ?
- Pff, un ascenseur ? T'as cru qu'on était où ici ? Allez, monte."

Sofiane m'apprend que l'appart appartient au Big Boss, et que c'est une planque.
Le troisième étage sert de salle de réunion, et le dernier ce sont les bureaux du boss du quartier, surnommé Morpheus.
Je sais pas pourquoi, je l'aurais parié...

Après la petite visite des locaux, Sofiane m'entraîne dehors. Nous empruntons le même chemin qu'à l'aller : la grande porte d'entrée du hall est condamnée.

"Pourquoi vous passez jamais par devant ? demande-je
- Question de discrétion.
- Vous êtes surveillés ?
- Naaa... Mais comme on dit, vaut mieux prévenir que guérir hein ?"

Tout était calculé.
Chacun avait un rôle et devait s'y cantonner. Pas de zèle, pas d'initiative sans en informer Morpheus, sinon ils étaient sanctionnés. Et la sanction était sévère...

Alors que nous marchons dans la rue, Sofiane me montre toutes celles sur lesquelles ils travaillent.

"Celle-là, elle est cool ! Tu peux bien vendre.
Celle-là aussi.
Là par contre handek, ça tourne beaucoup en ce moment."

Nous finissons par nous asseoir sur un banc, dans une sorte de petit square délabré.
Des gosses jouent sur un toboggan taggé. Les mères ne sont pas là.

"Yo, tu vois ces gosses qui jouent ?
- Ouais je les vois.
- A ton avis, qu'est-ce que tu crois que ça va être leur avenir ?
- Je sais pas...
- Rien. Quand tu nais ici, t'as pas d'avenir.
- Arrête, c'est pas le Bronx non plus...
- Mec, on s'en tape du nom ! On s'en tape du nom putain !
Le maire de cette putain de ville sait sûrement même pas qu'on existe nous ! Il ferme les yeux sur ce qui se passe ici.
On est catalogués. On vit une époque difficile, y a plus de travail, y a plus d'amour, y a plus de respect. Y a que des hypocrites et des camés.
Nous, on se charge des camés.
- Et les hypocrites ?
- Les hypocrites ? Les hypocrites ils vont pointer à Pôle Emploi ou ils font des boulots de merde, genre caissier ou un vieux taf à l'usine.
Nous on fait de l'argent. Tu veux faire de l'argent ?
- Pourquoi je suis là ? lui demande-je, ironiquement.
- Alors bouge tes fesses de blanc de ce banc et suis-moi ! Le magasin ouvre ses portes !" me répond-il en souriant.

Nous traversons les rues de la Clochette et j'assiste à mon premier jour de travail. Sofiane me montre un coin de rue, la rue Gustave Eiffel, et me dit que maintenant, cette rue, c'est chez moi. Je dois squatter ici et vendre la marchandise.
Mon rôle est simple : j'attends que le serveur me fasse signe.
Moi je prends la dose qu'il faut dans le sac caché pas loin, et je la file au serveur, qui la file au junkie.

Je comprends rapidement l'organisation et les subtilités du système.
La came et l'argent ne doivent jamais être transportés par la même personne.
Le dealeur s'occupe d'encaisser l'argent et d'amener le client au passeur.
Le serveur appelle le passeur, qui va chercher la quantité de came qu'il faut, et la file au serveur.
Le serveur file la came au client, le client s'en va.

Un système simple, bien rodé, qui permet à chaque acteur de ne pas prendre cher si la police décidait d'y mettre son nez.

Moi j'étais passeur, le bas de la chaîne. Bon, c'était toujours mieux que guetteur, et de toutes façons, il fallait bien commencer quelque part.

[...]

Les semaines passèrent, et mon nouveau travail me plaisait.
Je faisais mon taf, ni plus ni moins.
Je voyais Sofiane chaque samedi, pour faire le bilan de la semaine.
Sofiane était un des lieutenants de Morpheus, il avait la responsabilité des rues Gustave Eiffel, Anatole France, et l'impasse du Tailleur.
De grandes responsabilités, mais Sofiane le méritait bien : son travail était toujours impeccable, propre et sans embrouille.

De mon côté, j'avais dû inventer un baratin à ma mère pour lui expliquer pourquoi je n'allais plus en cours.
"J'ai trouvé un travail maman, et puis ce BTS, c'est pas mon truc" lui avais-je dit.
Elle ne m'avait pas répondu. Je sais que je l'avais déçue depuis un bail, mais là, je crois qu'elle n'en avait plus rien à faire.
"Tant que tu ne passes pas tes journées à rester à la maison..." avait-elle dit, avant de s'allumer une cigarette.

J'avais compris qu'il fallait la jouer la fine et sérieuse.
Et c'est ce que j'ai fait. Je restais discret, faisais rentrer l'argent.

[...]


Nous sommes en Décembre, 11.
La fin de semaine approche, le RDV hebdomadaire a lieu à 17 heures.
Il est 15h30.
Le travail est bientôt fini, et une rumeur de promotion flotte depuis ce matin sur ma personne.

"Alors mec, comme ça tu vas passer serveur ?
- Arrête Joe, c'est pas bien de donner des faux espoirs comme ça ! plaisantais-je.
- Ahah ! Nan mais, sérieusement, tu vas grimper dans la hiérarchie, y a pas de soucis. Ca fait trois semaines que t'es là, et tu fais le taf qu'il faut.
Souvent passeur, c'est pour les gamins t'as vu, histoire qu'ils se fassent un peu de blé. Quand t'es plus vieux, t'aspires à des postes plus prestigieux comme on dit.
- T'es passé par là toi ? lui demandai-je, intéressé.
- Ouaip, mais j'vais pas te mentir, moins longtemps que toi. Genre une semaine. Mais y avait du monde qui voulait bosser à l'époque, aujourd'hui c'est différent, répondit Joe, nostalgique.
- Comment ça ?
- Morpheus est devenu parano mec. Avec son délire de Matrix là, il voit le mal partout. Maintenant il fait confiance à personne, même pour être passeur il enquête sur toi, il teste les nouveaux maintenant.
- Pourquoi ? Y a eu une descente ?
- Nan, rien. Les flics savent rien du business, ils passent plus de temps à mettre des PV ou à coffrer les petits consommateurs...
- Ouais... Tout roule quoi.
- Comme si un Hummer mon gars, comme un Hummer. On écrase tout !"

Joe est l'encaisseur de la rue Gustave Eiffel. Son vrai nom est Jeoffroy, mais il s'est rebaptisé Joe parce que ça fait plus américain.
Chacun ses rêves. Le sien, c'est de s'acheter un Hummer. Il ne vit que pour ça. Il veut un truc gros, qui aille de paire avec lui. Avec ses 100 kilos tous ronds, l'image est bien choisie.
Mais Joe est un gars tranquille. Il va sur ses 30 ans, et en a rien à battre de tout.
Un mec fidèle, et solide. Et disponible pour les autres. Toujours là s'il y a un problème.
Et la chose se vérifia aujourd'hui même, à 16 heures.

Joe attend tranquillement sur des marches d'escalier, au coin des rues G.Eiffel et A.France.
Un mec débarque, avec un loin cuir noir qui lui descend jusqu'aux genoux.
Le mec demande 50 grammes. Une aubaine pour Joe !
Joe fait passer l'info à Toufike, le passeur, et Toufike à moi.
Je vais chercher la dose dans le sac caché derrière des poubelles, quand j'entends Joe crier : "Les flics, les flics ! Barrez-vous !"

Je panique.
Les sirènes de police retentissent de plus en plus fort et des flics débarquent de nulle part, vociférant des injures et nous ordonnant de nous mettre à terre.
J'ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que Toufike me tire par la manche de ma veste et m'entraîne avec lui dans une fuite pour notre survie.
Nous courons, et je lui demande pour Joe.

"Joe est baisé, on peut rien pour lui kho !"

Et alors je m'arrête. Scrutant l'environnement autour de moi, je marche, calme et inflexible.
Toufike m'appelle, me lance avec une fureur et une crainte mêlées qu'il faut partir, que "ça craint trop si on reste là."
Je ne l'écoute pas. J'avance vers les poubelles et chope le sac de came.
Un flic me repère, il crie, ameute ses coéquipiers. Mais je suis déjà parti, Toufike sur mes talons.
Nous empruntons plusieurs ruelles, traversons des jardins déserts, poursuivis par les sirènes incessantes des voitures de police et les cris vociférants des flics qui nous courent après.
Arrivés à un carrefour, Toufike me fait signe de le suivre.
Il entre dans un immeuble, et grimpe les escaliers quatre à quatre.
Je le suis, haletant, et je ne peux m'empêcher de penser à la planque. Les deux immeubles sont identiques en tous points.
Mais ce n'est pas la planque.
Une vieille femme est sur le palier du deuxième étage, sac de course à la main.
Toufike coure, la bouscule, et murmure un "Pardon" alors que la vieille atterrit contre le mur, sa tête fragile et dégarnie se heurtant au mur en béton.
La vieille dame s'écroule sur le sol, gémissant des appels à l'aide et des plaintes.
Quand je passe devant elle, elle agrippe un pan de mon jean et me regarde, suppliante.

"Au se...secours..."

Ses yeux sont humides, je sens sa peur, et une sensation de malaise s'empare de mon corps.
Mais Toufike me ramène à la réalité, sa réalité : nous devons fuir.
Je dégage ma jambe de l'emprise de la vieille dame d'un coup sec, et gravis les marches rapidement.
Je peux l'entendre continuer de gémir de douleur.

Nous arrivons au dernier étage, et Toufike me demande de guetter.
Il prend son élan, et donne un coup de pied dans la porte qui nous sépare de la liberté.
La porte ne s'ouvre pas. Il réessaie. Une, deux, trois fois.
Pendant ce temps, je guette l'arrivée des flics. Mais ils ne viennent pas. Les sirènes ont disparu, les injures aussi.
Seul les râles de la vieille dame complètent la symphonie du vacarme causé par les coups de pieds de Toufike.
La porte s'ouvre, enfin, dans un grand fracas métallique, et Toufike m'enjoint à le suivre.
Nous arrivons sur le toit. Un vent doux me chatouille le crâne. L'air semble si pur...
Toufike coure et me crie "Suis-moi, et ne regarde pas en bas !"
Je ne comprends pas ce qu'il veut dire jusqu'à ce que je le vois sauter du toit et atterrir sur le toit de l'immeuble voisin.

"Wouah !" balance-je tout haut.
Ce mec est fort. Je n'ai pas d'autres choix que de le suivre. Je coure jusqu'au bord de l'immeuble, et regarde en bas. Mauvaise idée...
La peur me gagne, mais Toufike tente de me rassurer comme il peut.

"Vas-y saute putain, fais pas ta pute, c'est bon, saute !"

Je prends mon élan, respire un grand coup et me mets à courir.
La distance n'est pas très grande, peut-être un mètre, un mètre et demi.
Mes jambes fendent l'air comme une balle de fusil.
De toutes façons, l'immeuble est plus bas que là où je suis. Ca va marcher.
Je peux voir le toit de l'immeuble voisin. Ouais, y a pas de raison que ça marche pas.
J'arrive au bout de ma course. Ouais, ça va marcher. Il faut que ça marche, ça va marcher.
Je saute.

"Police, plus un geste !"

Je traverse l'atmosphère, passant au dessus d'un groupe de policiers qui me regarde, ébahie. J'atterris sur le toit de l'immeuble voisin, et roule par terre, glissant sur les petits cailloux qui recouvrent le toit, déclenchant un nuage de poussière qui m'asphyxie.
Toufike m'aide à me relever, et nous courons vers la porte du toit.
Derrière nous, il n'y que ce nuage de poussières. Personne ne nous suit, mais nous ne sommes pas encore hors de danger.
Nous dévalons les marches et Toufike s'arrête au troisième étage. Il passe la porte du corridor, et coure jusqu'à la fenêtre au bout.
Je le suis, sans savoir où nous allons.
Toufike ouvre la fenêtre, et alors je comprends.
Une échelle de secours est fixée au mur, et Toufike enjambe le rebord de la fenêtre et s'accroche à l'échelle avant de descendre.
Je le suis, et nous nous retrouvons dans un square, celui où Sofiane m'avait emmené quelques semaines plus tôt.
Toufike tâte le terrain. Il n'y a personne hormis des gosses qui jouent, sans leurs parents, comme l'autre fois.

Nous marchons tranquillement jusqu'à la planque, et, arrivés à la porte bleue, un gros black musclé nous barre la route.

"Vous avez été suivis ? demande-t-il de sa voix grave et imposante.
- Nan, laisse-nous monter, c'est urgent, j'dois prévenir Morpheus, répond Toufike, énervé et impatient.
- Morpheus sait tout. Il est déjà au courant de l'histoire et il vous attend. Montez et magnez-vous, salle de réunion, porte 32. Allez !"

Nous entrons dans l'immeuble et nous dépêchons d'aller porte 32.
Des voix s'élèvent de chaque étage, et Toufike est interrompu par un gars au deuxième.

"Yo Toufike ! Ramène-toi !
- J'ai pas le temps là, j'dois aller porte 32.
- Alors c'est vrai ce qu'on raconte, vous vous êtes faits pincer ? rigole le mec, à peine plus âgé que moi. Putain, vous êtes vraiment des bites les mecs !
- Ferme ta gueule Hassan ! réplique Toufike. C'est pas normal cette histoire, y a un truc qui cloche.
- Ouais ben viens, chez nous aussi y a un problème.
- J'peux pas, je...
- Cinq minutes ! Sérieux, c'est important, demande à ton pote d'y aller à ta porte 32, vous êtes pas obligés d'être deux pour parler si ? Vous allez faire quoi, vous astiquez la queue mutuellement pour vous rassurer quand vous vous ferez latter les couilles par Morpheus ?" ricane Hassan, avant de se tordre de rire, visiblement émerveillé par sa vanne.

Toufike me regardait comme s'il me demandait la réponse à une question existentielle. Je lui réponds que j'irai voir Morpheus seul.
Il me remercie et je pars en direction du troisième étage, porte 32.

Quand j'arrive devant cette porte, la salle est presque pleine.
Les salles de réunion avaient la particularité d'être de grandes salles vides.
Les murs intérieurs des appartements 31, 32, 33 et 34 avaient été entièrement abattus pour permettre de laisser place à quatre grandes salles de réunion, capables d'accueillir une trentaine de personnes, voire plus.
Des chaises en plastique avaient été installées dans ces salles, ainsi que quelques plantes et un frigo.
C'était pas aussi chic qu'une salle de réunion d'une grande firme multinationale, mais tant qu'on avait de quoi grailler et du coca, c'était cool pour nous.

J'entre dans la salle, et tout le monde pose ses yeux sur moi.
Morpheus est là, debout, face à l'assemblée, derrière une sorte de pupitre en bois.
Il parlait déjà quand je suis entré dans la salle. Son visage était crispé, en colère. Sa voix était ferme, autoritaire. Visiblement, il avait la rage.
Et j'étais bien loin d'imaginer à quel point...


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