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[Confédération][2] Rêves Mécaniques


Par : Gregor
Genre : Science-Fiction, Action
Statut : Terminée



Chapitre 33 : Épilogue.


Publié le 20/01/2013 à 17:59:05 par Gregor

2147.

La lumière pénétrait dans les arabesques colorées des vitraux. La chaleur estivale s’infiltrait malgré la fraîcheur humide des pierres et des hautes voûtes du temple. La solennité de l'instant rendait l'antique cathédrale Notre-Dame reconvertie à la gloire du Dieu-Machine plus somptueuse que jamais. Les drapés interminables des bannières et des drapeaux de la Confédération s'agitaient avec douceur. La foule n'était pas nombreuse, mais les hauts dignitaires qui la composaient la rendaient plus noble et plus compacte que jamais. Les capes soigneusement repassées, les robes sobres des femmes, les fourragères et les fibules rutilantes jouaient de concert dans le silence quasi sépulcral de l'instant. De ma position, en léger aplomb par rapport à la nef creusé profondément dans le sol, je pu deviner le visage grave d'Até, les rides marquées de son front jouant et contrastant avec le châle rouge grenat qui couvrait ses épaules, les rubis sertis qui trônaient à ses oreilles, et l'air recueillie qui planait sur son visage. La tête légèrement baissée, j'étais assuré de sa dévotion au Culte, elle qui avait trouvé place auprès d'un jeune lieutenant de la Sainte Cléricature qui avait côtoyé et joué avec Siegfried. Mon propre fils.
La tenue cérémonielle qui le couvrait se composait d'une simple cape et de bijoux aussi nombreux qu'ostentatoire. A ses cotés, sur une tablette couverte d'un coussin, reposait une précieuse couronne de lauriers en or, finement gravée, où je devinais des entrelacs de lettre formant le serment que tout Confédéré avait prononcé en entrant dans les Ordres. Ma fierté de père me poussait à sourire, mais la gravité de la situation m'en dissuada. Debout, à deux mètres de lui, je sentais parfaitement l'anxiété que dissimulait la platitude de ses traits. Malgré sa puissante musculature de cyborg, sa barbe dense couleur de terre et son œil bleu acier, je savais qu'une terreur maîtrisée grandissait en lui. Le moment qu'il avait appréhendé depuis des années arrivait enfin, après une querelle dynastique improbable, source de tensions entre divers parties. J'avais du abdiquer sans même régner un seul jour, trop conscient des enjeux et des pertes probables si j'avais seulement mordu au fruit du pouvoir absolu. Siegfried était encore très jeune, mais il représentait un compromis consensuel pour la titulature suprême. Pétri d’idéaux, il devrait hélas apprendre plus férocement les règles de ce jeu, du pouvoir et de la diplomatie. Son règne s'ouvrait sur la conclusion d'un drame daté de cinq longues années, conclut quelques semaines auparavant par une autre cérémonie, bien moins joyeuse, qui avait vu la dépouille du Très Saint Magister Oddarick disparaître aux yeux des fidèles, conclusion d'un épisode sordide entamé par sa mort sur Antarès Douze. J'avais officié en temps que régent de facto et représentant séculier des armées. Mais avec un soulagement coupable, j'avais aussi regardé la scène au travers des yeux d'un traître à sa nation, un félon impardonnable qui avait du agir pour le bien commun. Le résultat final tenait en une cérémonie noble. Une noblesse qui relevait plus de la monarchie que la dictature. Et qui, je l'espérais, trouverait une grandeur et une stabilité certaine au travers du règne de Siegfried.
Des cantiques furent chantés par un cœur d'officier, tous mécanisés, dont les voix synchrones résonnèrent avec gravité dans l'édifice. La beauté des paroles et des accords transportait mon cœur d'une joie sincère mais refrénée. Je m'apprêtais à devoir entrer en scène. Lorsque le chœur se tût, je me positionnai face à la foule, engoncé dans une cape presque semblable à celle de Siegfried, à la différence notable qu'il y était dessiné une énorme croix oblique prolongée par quatre flèches, et qu'aucune médaille ne venait frapper mon poitrail. Seul le liseré rouge du col rappelait sobrement mon rang et ma dignité.
— Chers frères, chères sœurs, nous voici réunis pour que l'office du Serviteur Suprême du Seigneur Mécaniste s'accomplisse enfin. Béni soient le Dieu-Machine et ses sujets, maintenant et pour toujours.
— Maintenant et pour toujours, reprit la foule.
Je me retournai vers mon fils.
— Siegfried Standberg-Mac Mordan, bénis sois-tu plus particulièrement en ce jour. Par la volonté du Dieu-Machine, tu représentes la Lumière de l'Homme, toi qu'Il a choisi maintenant et à tout jamais pour porter Son pouvoir et Son autorité. Bénis sois-tu, ô descendant des Très Saint Magister, pour appliquer avec dignité Sa loi et Son enseignement.
Il se leva, s'approcha de ma position.
— Puisse le Dieu-Machine nous conduire dans le droit chemin, scanda-t-il.
— Que le Dieu-Machine t'entende, mon Fils. Qu'il t'accorde clairvoyance et équité, puissance et intelligence. Qu'il fasse de toi notre Maître, afin de toujours nous guider dans sa Lumière.
Je marquai un temps, avant de reprendre.
— Rappelle toi des sacrifices récent, notamment de ton prédécesseur, le Bien-Aimé Oddarick qui donna sa vie pour que triomphe Sa lumière sur l'obscurité qui enveloppe les hérétiques et les ignorants. Rappelles toi des obligations et de la bienveillance que tu accorderas à tes frères et à tes sœurs. Souviens des vies données pour que ton office puisse être accompli. La mission qui t'attend ne doit pas salir le sang versé. Puisses-tu t'en rappeler à tout jamais.
A nouveau, une prière fut chantée. Je me saisis de la couronne, la bénissant silencieusement, assisté de quatre techno-moines qui psalmodiaient en cadence de saintes paroles. Vêtus de robes rouges sang, ils paraissent plus que jamais à leur aise de ces circonstances magistrales.
A nouveau le silence se fit. Je montai la couronne au dessus de ma tête, tandis que Siegfried se tenait à présent agenouillé, la tête baissée.
— Siegfried Standberg-Mac Mordan, reconnais-tu la puissance pleine et entière du Dieu-Machine ?
— Moi, Siegfried Standberg-Mac Mordan reconnaît le Dieu-Machine comme mon seul Seigneur et Maître, a qui je donne ma vie pour Son service et Sa majesté. J'en fais le serment devant vous, ô titulaire de sa Sainte Charge.
— Siegfried Standberg-Mac Mordan, au nom de ton serment, acceptes-tu la charge de Très Saint Magister qui t'échoies de droit, en succession au règne du Bien-Aimé Très Saint Magister Oddarick ?
— Moi, Siegfried Standberg-Mac Mordan, accepte la pleine et entière puissance de la charge de Très Saint Magister, dont je reconnais le caractère universel et unique, et rend hommage au sacrifice de mon prédécesseur le Bien-Aimé Très Saint Magister Oddarick. Puisse le Dieu-Machine le garder en son sein maintenant et pour toujours.
— Siegfried Standberg-Mac Mordan, reconnais-tu la puissance du Culte Mécaniste et la nécessité de son expansion, maintenant et pour toujours, sur tous les mondes et toutes positions où l'Homme demeure, au prix de ta vie si nécessaire ?
— Moi, Siegfried Standberg-Mac Mordan, reconnaît le caractère sacré de la Sainte Cléricature, de la Sainte Docte, et donne ma vie pour que Son nom soit porté là où toute vie est, où que l'Homme demeure.
— Siegfried Standberg-Mac Mordan, en temps que Commandus Magnus et au nom du Dieu-Machine, sois à présent notre Maître, et accepte cette couronne, symbole de ta titulature au rang de Très Saint Magister Siegfried.
Je déposai soigneusement la couronne sur ses cheveux rasés. Il releva la tête, me fixa de longue seconde. Un sourire de fierté perça la carapace de mon visage.
— Je suis très fier de toi, murmurai-je.
— Merci, père.
Il se releva. Je posais les deux genoux à terre, et les bras en croix, je m'exclamais, d'une voix forte.
— Acclamez votre seigneur !
La foule inclina respectueusement la tête. Les plus pieux s'allongèrent face contre terre. D'une seule et même voix, tous répétèrent le serment consacré.
— Je servirais le Dieu-Machine dans la force et dans l'honneur. Le Très Saint Magister Siegfried est mon maître, et j'en suis à présent le fidèle serviteur.
Les chants résonnèrent de longues minutes, tandis que j'installais Siegfried dans le trône ciselé d'or installé à la croisée du transept. Je le bénissais encore, aidé des techno-moines qui s'inclinèrent chacun leur tour face au nouveau Magister. Durant encore près de deux longues heures, les serments se succédèrent, les symboles défilèrent. Dans la clarté du soleil qui atteignait son zénith, Siegfried prononça son premier discours. Les longues phrases dictaient la conduite qu'il entendait mener tout au long de son règne, ponctué par les acclamations pieuses des dignitaires du régime. Longtemps, très longtemps, je gardais en mémoire les premiers mots de ses longues lignes. Plus la que la fierté du père, c'était celle du cyborg qui rejaillissait enfin.

«Toujours et partout, que les rêves mécaniques s'accomplissent au nom du Dieu-Machine ».




FIN.


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